Rapport 2013
La situation des droits humains dans le monde

1 octobre 2008

Géorgie : le coût humain de la guerre

Géorgie : le coût humain de la guerre

La destruction massive de biens, la présence d’engins n’ayant pas explosé et les problèmes de sécurité empêchent des dizaines de milliers de personnes de regagner leur foyer après le conflit qui a opposé la Russie à la Géorgie du 7 au 13 août.

Tirs, pillages et attaques motivées par des considérations ethniques continuent d’affecter les populations restées en Ossétie du Sud et dans la « zone tampon » adjacente contrôlée par les Russes, et empêchent le retour des Géorgiens de souche qui ont dû fuir.

« Les autorités russes et géorgiennes, ainsi que le gouvernement de facto d’Ossétie du Sud, doivent faire tout leur possible pour garantir la sécurité de tous, sans discrimination, et apporter une aide à tous ceux qui en ont besoin, a déclaré Nicola Duckworth, directrice du programme Europe et Asie centrale d’Amnesty International. Il faut permettre à ceux qui ont dû fuir leur foyer de rentrer en toute sécurité et réinstaller ceux qui ne peuvent ou ne souhaitent pas rentrer. »

Plus de 160 000 personnes ont dû quitter leur foyer à cause de la guerre de cinq jours entre la Géorgie et la Russie, et de ses conséquences. Des centaines de civils ont été tués, et un nombre beaucoup plus important ont été blessés lors du conflit. Des habitations ont été détruites et ne sont plus que décombres.

Le 7 août, les forces géorgiennes ont bombardé Tskhinvali, capitale de la région séparatiste d'Ossétie du Sud, ainsi que les villages alentours. Entre le 8 et le 12 août, l’aviation russe a bombardé des villages d’Ossétie du Sud habités en majorité par des Géorgiens de souche, ainsi que la ville de Gori et ses environs, sur le territoire géorgien proprement dit.

Des représentants d'Amnesty International ont recueilli le témoignage de personnes présentes lors du conflit et ont pris des photos de la situation. Kazbek Djiloev a raconté ce qu’il avait vécu lors de l’attaque qui, dans la nuit du 7 août, a frappé sa maison, située dans un quartier résidentiel du sud de Tskhinvali :

« Nous étions en train d’écouter Saakachvili [le président géorgien]), qui expliquait qu’il était prêt à négocier. Nous étions bien. Je buvais un thé, et soudain, j’ai entendu des coups de feu, puis des tirs d’artillerie, des tanks, etc. Nous sommes tous descendus. Deux heures plus tard, j’ai entendu des explosions et la maison s’est mise à trembler. Le toit a volé en éclats : nous étions touchés par des missiles Grad.

« Le canapé a pris feu, ainsi que d’autres meubles. Nous avons entendu un avion, qui nous a pris pour cible. Il a ouvert le feu sur nous avec une mitrailleuse. Mon frère et moi-même nous sommes de nouveau réfugiés au sous-sol. Après un certain temps, un autre missile Grad a touché la maison et en a détruit la moitié. J’étais en état de choc.

« Les Géorgiens disent qu’ils ont attaqué des positions tenues par des soldats russes. C’est faux. Il n’y avait pas de soldat ici. Ils ont tiré sur de paisibles citoyens. Il n’y avait rien de militaire ici. J'étais avec mon frère et ma mère… Et maintenant, je n’ai plus de maison. Il fait beau et je peux dormir dans le jardin, mais je ne sais pas ce que je vais faire quand il va pleuvoir. Personne ne m’aide. Je ne pourrai jamais remettre ma maison en état, parce que je n’ai pas d’argent. »

Des photos et des témoignages d’experts montrent que l'armée russe a utilisé des bombes à sous-munitions, bien que les autorités russes affirment le contraire. Bejam Basilidze raconte ce qu’il a vécu le 8 août dans le village de Khverno Kviti :

« C’était le soir. Soudain, j’ai entendu un bruit terrible. J’ai vu une explosion en l’air, et puis une pluie de bombes s’est mise à tomber, chacune couvrant une zone de trois ou quatre mètres. Tout explosait, le sol, le toit des maisons… Sept personnes ont été blessées. Des vaches ont été touchées aussi. Il n’y avait pas de soldats géorgiens dans ce secteur, ils étaient partis dans l’après-midi pour Gori. »

Amnesty International a recueilli des informations sur les pillages massifs et les incendies perpétrés dans les villages à majorité géorgienne situés sur le territoire de l’Ossétie du Sud et placés sous administration géorgienne avant le conflit, et dans ceux situés à l'extérieur de l'Ossétie du Sud, dans les « zones de sécurité » mises en place par les forces russes.Les forces d’Ossétie du Sud, des groupes paramilitaires et des particuliers armés, dont on pense que certains venaient de Russie, ont participé à ces attaques menées dans des zones sous contrôle russe de facto.

Nina, une habitante du village de Kurta, en Ossétie du Sud, a déclaré à Amnesty International :

« Des hommes en uniforme militaire passaient par les jardins. Ils parlaient russe, mais ce n’étaient pas des Russes. Il y avait là je crois des Ossètes, des Tchétchènes, quelques Asiatiques, peut-être des Ouzbèks et des Cosaques. Ils portaient tous le même uniforme militaire et ils étaient armés de kalachnikovs. Ils ont incendié une quinzaine de maisons du village et emmené le bétail dans des camions. En quittant Kurta, nous avons vu qu’ils emmenaient deux voisins. Ils les ont fait monter de force dans le coffre d’une voiture.

« Nous avons quitté Kurta à pied le 13 août. Nous sommes allés à Eredvi, en passant par Kheiti. À Eredvi, nous avons vu des cadavres, un homme, une femme et deux enfants. Nous avons continué à marcher et sommes arrivés à Ditsi [hors du territoire de l’Ossétie du Sud]. Là, je n’ai pas vu de cadavres, et un certain nombre de maisons étaient intactes. Nous avons poursuivi et sommes arrivés à Trdznisi, où il y avait beaucoup de maisons incendiées. Les rues étaient jonchées d'objets. Nous avons passé la nuit là, puis nous avons poursuivi jusqu'à Tqviavi, où nous avons vu quantité de cadavres, sous des voitures ou des camionnettes. C’étaient tous des civils, je n’ai pas vu de soldat géorgien parmi les morts. »

Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), quelque 163 000 personnes ont été contraintes de quitter leur foyer : 127 000 sont parties ailleurs en Géorgie et 36 000 en Russie.

Un certain nombre sont rentrées chez elles, mais des dizaines de milliers d’autres ne peuvent regagner leur foyer, soit parce que leur maison a été détruite soit parce que leur sécurité n’est pas assurée.

Les populations d’Ossétie du Sud et de Géorgie ont été très touchées par le conflit. Elles ont encore besoin d’aide humanitaire et de protection. Amnesty International appelle toutes les parties au conflit à veiller à ce que toutes les personnes déplacées lors des hostilités puissent rentrer chez elles, durablement et en toute sécurité.

Pour en savoir plus :

Georgia-Russia conflict: Protection of civilians and accountability for abuses should be a priority for all (déclaration publique, 1er octobre 2008)
Council of Europe: Monitoring of the human rights impact of the Georgia-Russia conflict must continue (déclaration publique, 26 septembre 2008)
Les civils toujours vulnérables après les hostilités en Géorgie (nouvelle, 14 août 2008)

Thème

Conflit armé 
Réfugiés, personnes déplacées et migrants 

Pays

Géorgie 

Région ou pays

Europe et Asie centrale 

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