Rapport 2013
La situation des droits humains dans le monde

22 août 2008

Les civils de Mindanao sous la menace des unités du MILF et des milices

Les civils de Mindanao sous la menace des unités du MILF et des milices
Des dizaines de milliers de civils déjà touchés par les violences qui ont repris à Mindanao pourraient être exposés à de plus grands risques encore si le gouvernement philippin soutenait la création de milices civiles, sans formation et n’ayant de compte à rendre à personne, a déclaré Amnesty International ce jeudi 21 août.

Le conflit armé à Mindanao a gagné en intensité au lendemain du 4 août, date à laquelle la Cour suprême a suspendu un accord de paix entre le gouvernement philippin et le Front de libération islamique moro (MILF).

Après le 4 août, des unités du MILF ont occupé des terres cultivées dans la province du Cotabato-Nord et incendié des habitations, provoquant le déplacement de plus de 150 000 personnes. Deux semaines plus tard, des attaques contre des civils – prises d’otages, bombardements, incendies – imputables à des unités du MILF ont été signalées dans la province du Lanao del Norte, provoquant le déplacement de 50 000 autres personnes.

La direction centrale du MILF a nié avoir donné l’ordre de lancer ces attaques perpétrées par deux de ses commandants. Le MILF a justifié certaines de ses attaques récentes par le fait qu’elles visaient des milices, les Organisations civiles d'autodéfense formées de volontaires (CVO), et d’autres forces auxiliaires de police mises en place par le gouvernement local.

« Les unités du MILF qui ont ciblé des villages ont commis de graves infractions au droit international et doivent répondre de leurs actes, a déclaré Sam Zafiri, directeur d’Amnesty International pour la région Asie-Pacifique.

« Mais dans tous les pays l’expérience montre que le déploiement de milices civiles peut enclencher un cycle de représailles et ne fait qu’accroître les dangers auxquels ont à faire face les civils.

« Toutes les parties au conflit doivent faire machine arrière avant qu’il ne soit trop tard et apporter la preuve de leur volonté d’épargner les civils. Le MILF doit contrôler ses forces, et le gouvernement philippin doit assumer sa responsabilité qui est de protéger tous les habitants des Philippines, quelle que soit leur religion ou leur origine ethnique. »

Amnesty International est en mesure de confirmer que les dirigeants de la ville de Lligan à Mindanao et de la province du Cotabato-Nord ont commencé à constituer des milices civiles après les attaques du MILF. À Lligan, où ont eu lieu le 17 août deux attentats à l’explosif imputés à des éléments du MILF, 300 détenteurs d’un permis de port d’arme, hommes politiques et fonctionnaires locaux ont constitué une milice civile appelée « God Save Lligan City ».

Dans la province du Cotabato-Nord, des villageois armés se sont constitués en organisations civiles d'autodéfense formées de volontaires (CVO). Des responsables des forces de sécurité locales auraient rejeté une demande du vice-gouverneur du Cotabato-Nord leur enjoignant de fournir des munitions à ces milices civiles. Toutefois, Amnesty International peut confirmer que des protecteurs locaux ont fourni des armes et des munitions à des milices civiles et à des auxiliaires de police.

Dans l’ouest de Mindanao, le Conseil provincial pour la paix et l’ordre, composé de représentants de la société civile et des autorités militaires et locales de la province de Zamboanga del Norte, a décidé le 19 août d’armer ces milices civiles. Le gouverneur de la province de Zamboanga del Norte a justifié cette décision en affirmant : « Nous devons nous protéger ... les militaires n’assurent pas notre sécurité. Ils arrivent trop tard. »

Le lendemain, dans la capitale fédérale, le directeur de la police nationale a annoncé aux médias qu’un millier de fusils allaient être envoyés à Mindanao et distribués à « des auxiliaires de police sélectionnés et entraînés », des vigiles mandatés par les villageois et certaines milices : tous des civils. La police nationale s’est engagée à fournir 12 000 armes supplémentaires si cet effort portait ses fruits.

Amnesty International a relevé au moins un exemple avéré de membres armés d’une milice civile ayant empêché les représentants d’une équipe mixte d’observation et d’assistance de se rendre auprès de populations affectées, affirmant agir sur ordre du maire de la ville.

« Les récentes attaques perpétrées par des éléments du MILF ont terrorisé de nombreux habitants de Mindanao, qui sont en droit d’exiger une plus grande protection, a déclaré Sam Zafiri. Nombreux sont ceux à Mindanao qui sont terrifiés à l’idée d’un retour à l’époque où insurgés armés musulmans et groupes d'autodéfense chrétiens attaquaient les civils en toute impunité. »

Complément d’information

Le 4 août, la Cour suprême a émis un ordre de restriction temporaire contre la signature d’un Protocole d’accord sur les terres ancestrales par le gouvernement philippin et le Front de libération islamique moro.

Une nouvelle audience de la Cour suprême des Philippines devait se tenir le vendredi 22 août.

Le Protocole d’accord, qui prévoit la création de l’entité juridique de Bangsamoro, aurait fait considérablement progresser les pourparlers de paix engagés il y a dix ans. Le Protocole avait pour objectif l’ouverture officielle de négociations entre le gouvernement philippin et le MILF pour mettre un terme au conflit à Mindanao qui, depuis quarante ans, a coûté la vie à environ 120 000 personnes, provoqué le déplacement d’environ deux millions d’autres et appauvri une région riche en ressources.

Le Protocole prévoyait l’élargissement de la Région autonome du Mindanao musulman. Les gouverneurs des populations concernées dans le Cotabato-Nord et à Zamboanga, où vivent de nombreux chrétiens, ont contesté l’accord devant la Cour suprême, au motif que leur droit à l’information et à la participation aux prises de décisions affectant leur vie n’avait pas été respecté.

Thème

Conflit armé 
Groupes armés 
Crimes contre l'humanité et crimes de guerre 

Pays

Philippines 

Région ou pays

Asie - Pacifique 

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