Tunisie : il faut libérer un militant qui comparaît en justice pour avoir dénoncé des problèmes de pollution

Zouheir Makhlouf.

Zouheir Makhlouf.

© Amnesty International


5 novembre 2009

Amnesty International demande la libération d'un militant des droits humains qui a comparu devant un juge le 3 novembre parce qu'il a réalisé et diffusé sur Facebook une vidéo consacrée à des problèmes de pollution en Tunisie.

Zouheir Makhlouf s'est vu refuser la liberté sous caution lors de cette audience. Il est apparu affaibli, éprouvant des difficultés à parler et à se tenir debout. Selon son avocat, il a entamé une grève de la faim il y a plus de dix jours pour protester contre son arrestation et sa détention.

Inculpé de « perturbation de la quiétude de tiers via le réseau de télécommunications publiques », il encourt une peine d'emprisonnement pouvant atteindre deux ans s'il est déclaré coupable. Il a été placé en détention provisoire jusqu'à la prochaine audience le 24 novembre.

L'audience du 3 novembre s'est déroulée en présence de nombreux membres des forces de sécurité, qui ont physiquement empêché journalistes et défenseurs des droits humains de pénétrer dans l'enceinte du tribunal.

La journaliste Sihem Ben Sedrine a été bousculée, frappée et insultée par des membres des forces de sécurité.

Zouheir Makhlouf a été arrêté le 20 octobre 2009 après avoir diffusé une vidéo illustrant le problème de la pollution et la défaillance des infrastructures et des services élémentaires dans la zone industrielle de la ville de Nabeul, à une soixantaine de kilomètres au sud-est de la capitale Tunis.

Une fois la vidéo mise en ligne, l'un des travailleurs de la zone industrielle de Nabeul, filmé en train de dénoncer le problème de la pollution et les conditions de travail, a déposé plainte.

Il a affirmé qu'il n'avait pas donné l'autorisation à Zouheir Makhlouf de le faire apparaître dans son film. Toutefois, sa plainte serait consécutive à des pressions exercées contre lui par les services de sécurité tunisiens.

Une autre personne, disposée semble-t-il à confirmer que Zouheir Makhlouf avait bien obtenu l'autorisation de cet artisan, aurait également changé d'avis et accepté de témoigner à charge après avoir essuyé des menaces de la part de responsables des services de sécurité.

« Zouheir Makhlouf est un prisonnier d'opinion, poursuivi pour avoir exercé pacifiquement son droit à la liberté d'expression, a déclaré Malcolm Smart, directeur du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d'Amnesty International. Les autorités tunisiennes doivent le libérer immédiatement et sans condition, et abandonner les charges retenues contre lui. »