Rapport 2013
La situation des droits humains dans le monde

28 août 2009

Brésil : plus de 500 familles de São Paulo sont sans abri depuis leur expulsion forcée

Brésil : plus de 500 familles de São Paulo sont sans abri depuis leur expulsion forcée
Plus de 500 familles de São Paulo (Brésil) dorment actuellement sous des bâches en plastique, en face de ce qu'il reste de leurs habitations, après avoir été expulsées de force mardi par la police militaire.

La police antiémeute a, semble-t-il, utilisé des balles en caoutchouc, du gaz lacrymogène et des hélicoptères lors de l'expulsion, mardi en début de matinée, des habitants du campement Olga Benário à Capão Redondo, dans le sud de la ville. Selon des témoins et des habitants de ce quartier, ces familles étaient sans armes lorsque cette opération de police de grande ampleur a eu lieu.

Aucun représentant de l'État ni de la municipalité n'était présent et la police n'a pas tenté de négocier avec les familles ni de leur proposer une solution de relogement. Cette intervention faisait suite à plusieurs recours déposés contre l'arrêté d'expulsion et à plus d'un an de négociations infructueuses entre les autorités municipales et les représentants du quartier.

Les familles aujourd'hui sans toit occupaient ce terrain depuis plus de deux ans. Au cours de cette période, elles avaient construit des habitations rudimentaires, souvent des cabanes en bois, ce qui leur avait ensuite permis de trouver un emploi et d'élever leurs enfants.

Pendant l'expulsion, des incendies se sont déclarés dans tout le quartier, donnant lieu à des scènes de panique lorsque les habitants ont essayé d'aider les enfants et les personnes âgées à échapper au danger. N'ayant pas eu le temps de vider leur logement, de nombreuses familles ont perdu tout ce qu'elles possédaient – y compris des documents personnels – dans les flammes et lorsque les policiers ont abattu les cabanes restantes à l'aide de bulldozers.

Selon des témoins oculaires, les policiers ont tiré des balles en caoutchouc à bout portant sur des habitants sans armes et les incendies qui se sont déclarés pendant l'expulsion ont été provoqués par des bombes lacrymogènes. Les policiers ont affirmé qu'ils n'avaient fait que réagir face aux habitants qui résistaient à l'expulsion en dressant des barricades et en leur jetant des pierres ainsi que des cocktails Molotov. Trois habitants ont été gravement blessés au cours de ces événements.

Parmi les 800 familles expulsées de force, 500 – qui comptent de nombreuses personnes âgées, 200 enfants et des nouveaux-nés dont le plus jeune est âgé d'un mois – sont actuellement sans abri et vivent dans des conditions précaires, en face du lieu de l'expulsion. Elles ne disposent pas de nourriture ni de couvertures alors que le temps est froid et pluvieux. Après plusieurs jours de pluie, cet endroit est devenu un bourbier, et les familles sont à la merci des rats et des maladies. Cinquante policiers ont été déployés à proximité.

Malgré les appels répétés d'ONG locales, les autorités municipales n'ont fourni que des matelas – action jugée peu réaliste en raison de la boue – et de la nourriture. Les négociations continuent en vue d'apporter une aide d'urgence à ces familles et de trouver une solution à long terme à leur problème de logement.

En deux années de négociations avec les représentants du quartier, les autorités municipales n'ont présenté aucune solution convenable pour répondre aux besoins de ces familles. La meilleure proposition qui leur a été faite – la mise à disposition de places dans des foyers municipaux – n'était qu'une solution de logement à court terme et aurait contraint les hommes à se séparer de leurs épouses et de leurs enfants.

Amnesty International a appelé les autorités municipales à fournir immédiatement une aide d'urgence, notamment de la nourriture, de l'eau et des soins médicaux aux personnes qui sont sans abri depuis cette expulsion forcée.

L'organisation leur a aussi demandé de veiller à ce que toutes les familles qui ont été expulsées de force se voient proposer une solution de relogement adaptée ainsi qu'une indemnisation pour les pertes qu'elles ont subies, et qu'elles puissent bénéficier d'un recours utile.

Elle les a également priées de diligenter sans délai une enquête approfondie et indépendante sur les allégations de recours excessif à la force de la part des policiers qui sont intervenus mardi, en prêtant une attention particulière au manquement de ceux qui, à tous les niveaux de la chaîne de commandement, avaient la responsabilité d'assurer la protection des familles expulsées.

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