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Il faut renforcer les contrôles sur l'assistance militaire apportée à la Somalie

Les armes risquent d'être utilisées dans des attaques menées sans discrimination par les forces du gouvernement fédéral de transition ou de l'opposition.

Les armes risquent d'être utilisées dans des attaques menées sans discrimination par les forces du gouvernement fédéral de transition ou de l'opposition.

© APGraphicsBank


21 janvier 2010

Amnesty International demande que les transferts d'armes à destination du gouvernement somalien soient suspendus jusqu'à ce que des garanties suffisantes permettent d'éviter que ces armes ne servent à commettre des crimes de guerre et des atteintes aux droits humains.

Dans sa dernière synthèse publiée sur la Somalie et intitulée Somalie. Réexaminer les conditions de l'aide internationale à destination de l'armée et de la police, Amnesty International évoque les cargaisons d'armes livrées par les États-Unis – notamment des mortiers, des munitions et des liquidités destinées à l'achat d'armes – au gouvernement fédéral de transition.

Ces transferts ont eu lieu lors même que ces armes risquaient fort d'être utilisées dans des attaques menées sans discrimination par les forces favorables au gouvernement fédéral de transition ou détournées vers des groupes armés qui lui sont opposés et se rendent également responsables de violations flagrantes et massives des droits humains.

« Les droits humains de la population civile ne font pas l'objet des mêmes préoccupations sur la scène internationale que l'avenir du gouvernement somalien, a déploré Michelle Kagari, directrice adjointe du programme Afrique d'Amnesty International.

« Les tirs de mortier continuent de faire des victimes. Il est temps pour les donateurs internationaux de renforcer les contrôles quant au soutien qu'ils apportent au gouvernement somalien. »

Dans sa synthèse, Amnesty International mentionne également les programmes internationaux de plus en plus nombreux en matière de formation militaire et policière des forces du gouvernement fédéral de transition, malgré l'absence de procédures de contrôle satisfaisantes.

Les formations se déroulent en Somalie, mais aussi en Éthiopie, au Kenya, à Djibouti et en Ouganda. L'Union européenne (UE), la France, l'Allemagne et l'Italie participent ou ont promis de participer à leur financement.

Amnesty International demande à tous les États qui fournissent, financent ou prévoient des formations destinées aux forces militaires et de police du gouvernement fédéral de transition de dispenser également une formation sur le droit international humanitaire et la gestion des armes. En outre, ils doivent faire pression pour la mise en place de procédures de contrôle des forces du gouvernement fédéral de transition.

Les Nations unies ont imposé en 1992 un embargo sur les armes à destination de la Somalie. Toutefois, les États peuvent demander des dérogations au Comité des sanctions des Nations unies afin de fournir une assistance en matière de sécurité au gouvernement somalien.

Amnesty International exhorte le Comité des sanctions à établir des critères afin d'évaluer le risque qu'une dérogation à cet embargo ne contribue à des crimes de guerre et des atteintes aux droits humains, et à refuser les autorisations en se fondant sur ces critères.

Selon Amnesty International, pour les mettre en œuvre de manière efficace, ces critères doivent s'inscrire dans le droit international et être appliqués de manière universelle à tous les transferts d'armes. Aussi l'organisation invite-t-elle tous les États à fixer des normes communes dans le cadre d'un traité international sur le commerce des armes.

La Somalie est en proie à un conflit armé depuis la chute du régime de Siyad Barré, en 1991. Les affrontements se sont intensifiés et les homicides de civils se sont accrus après l'intervention, à la fin de l'année 2006, de l'armée éthiopienne, entrée en Somalie pour aider le gouvernement fédéral de transition à lutter contre plusieurs groupes armés d'opposition afin de reprendre le contrôle de territoires perdus.

Malgré un accord de paix signé entre le gouvernement fédéral de transition et un groupe armé, la nomination d'un président issu de l'ancienne opposition armée et le retrait des troupes éthiopiennes de Somalie, les groupes armés d'opposition n'ont pas cessé leurs attaques contre le gouvernement fédéral de transition. En mai 2009, ils ont lancé une vaste offensive contre les forces favorables au gouvernement, qui ne contrôlent désormais qu'une petite partie de la capitale Mogadiscio.

En 2009, les attaques menées sans discrimination par toutes les parties au conflit ont causé la mort de milliers de civils et le déplacement de centaines de milliers de personnes. Il y a aujourd'hui en Somalie quelque 1 500 000 personnes déplacées et environ 3 700 000 personnes dépendant de l'aide humanitaire.