Nier l’indéniable : les disparitions forcées au Pakistan

Amina Masood Janjua tenant la photo de son mari disparu (septembre 2006).

Amina Masood Janjua tenant la photo de son mari disparu (septembre 2006).

© Amnesty International


22 juillet 2008

« Nous ne serons soulagés que lorsque l’être qui nous est cher sera sain et sauf et libre devant nous. [...] Je pense que mon mari Masood n’est détenu qu’à trois kilomètres de chez nous, et pourtant il continue de subir des mauvais traitements sans que nous le sachions, et nous, sa femme, ses enfants et ses parents, qui sont très âgés, nous ne pouvons même pas le voir. Ils [le nouveau gouvernement] doivent agir maintenant pour qu’il rentre immédiatement. »
Amina Masood Janjua, juillet 2008

La dernière fois qu’Amina Masood Janjua a vu son mari, Masood Janjua, c’était le 30 juillet 2005, lorsque celui-ci a quitté leur maison pour voir son ami Faisal Faraz. Ce jour-là, les forces de sécurité pakistanaises ont arrêté les deux hommes dans un bus à destination d’une autre ville. Depuis, le gouvernement pakistanais les détient dans le plus grand secret sans inculpation ni jugement, niant savoir où ils se trouvent, alors que des témoins les ont vus en détention.

Masood Janjua et Faisal Faraz font partie des centaines de victimes de disparition forcée au Pakistan, parmi lesquelles se trouvent des enfants de neuf ou dix ans seulement. Beaucoup ont été arrêtées après les attentats du 11 septembre 2001 et leur détention a été justifiée au nom de la « guerre contre le terrorisme » menée par les États-Unis. La pratique des disparitions forcées, peu fréquente avant 2001, s’est étendue après cette date aux militants réclamant davantage de droits pour leur communauté ou leur région, notamment les Baloutches et les Sindhis.

Malgré l’existence de preuves indéniables, le gouvernement du président Pervez Musharraf a systématiquement nié être à l’origine de disparitions forcées.

Dans son rapport Pakistan. Nier l'indéniable. Les disparitions forcées au Pakistan , Amnesty International s’appuie sur des procès-verbaux judiciaires et des déclarations sous serment de victimes et de témoins de disparitions forcées, afin de confronter les autorités pakistanaises à des éléments de preuve montrant que des représentants de l’État ont fait obstruction aux efforts visant à retrouver la trace des disparus.

Des perspectives de changement avec le nouveau gouvernement

Dans son rapport, Amnesty International engage le nouveau gouvernement pakistanais – qui a promis d’améliorer la situation des droits humains dans le pays – à mettre fin à la politique de dénégation, à mener des enquêtes sur tous les cas de disparition forcée et à faire en sorte que les responsables présumés rendent des comptes.

« En maintenant des personnes en détention secrète, le Pakistan a non seulement enfreint leurs droits, mais il a également failli à son obligation d’inculper et de juger les suspects impliqués dans des attaques contre des civils », a déclaré Sam Zarifi, directeur d’Amnesty International pour la région Asie et Océanie.

Il est crucial que le nouveau gouvernement rétablisse dans leurs fonctions les juges destitués qui enquêtaient sur des affaires de disparition et qui ont été limogés par le président Musharraf lorsque ce dernier a décrété l’état d’urgence en novembre 2007.

Des États complices

Amnesty International demande aux autres gouvernements – tout particulièrement celui des États-Unis – de ne pas se faire les complices de disparitions forcées au Pakistan, ni d’y contribuer ou de les tolérer.

Nombre des personnes détenues illégalement dans le centre américain de Guantánamo et de celles qui ont été détenues secrètement par la CIA ont été arrêtées au Pakistan. D’autres ont été transférées en toute illégalité du Pakistan vers des pays où elles ont été exposées à des tortures et à d’autres mauvais traitements.

De nombreux individus détenus en secret au Pakistan disent avoir été interrogés par des agences de renseignement pakistanaises mais aussi par des agents de services de renseignement étrangers.

Pakistan. Nier l'indéniable : les disparitions forcées au Pakistan

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Index AI : ASA 33/018/2008
Date de publication : 23 juillet 2008
Catégorie(s) : Pakistan

En 2006, la Cour suprême a commencé à examiner régulièrement les requêtes présentées au nom des « disparus » du Pakistan. Mais, en novembre 2007, Pervez Musharraf a décrété l'état d'urgence et déposé la majorité des juges. Depuis les élections de février 2008, la situation ne s'est pas beaucoup améliorée, ni pour les « disparus » ni pour leur famille. Les membres de la coalition ne sont pas parvenus à un accord sur les modalités d'un rétablissement dans leurs fonctions des juges destitués ni sur le moment opportun pour le faire. Amnesty International appelle le nouveau gouvernement à agir sans délai pour mettre un terme à cette violation grave des droits humains.


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