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Les défenseurs des droits humains continuent à faire l'objet de mesures de répression au Moyen-Orient et en Afrique du Nord

Mohamed Abbou, avocat et militant des droits humains tunisien, avec sa famille après sa libération le 24 juillet 2007.

Mohamed Abbou, avocat et militant des droits humains tunisien, avec sa famille après sa libération le 24 juillet 2007.

© DR


11 mars 2009

Les défenseurs des droits humains au Moyen-Orient et en Afrique du Nord sont toujours en butte à la persécution et à la répression, plus de dix ans après que les Nations unies eurent appelé tous les États à apporter leur appui aux activités de celles et ceux qui défendent ces droits.

Dans un nouveau rapport circonstancié intitulé Challenging Repression, Amnesty International met en évidence, à la lumière de nombreux cas, la situation précaire des défenseurs des droits humains, qui subissent intimidations, harcèlement, menaces, incarcérations sans procès et condamnations à de lourdes peines d'emprisonnement au terme de procès iniques.

Certains font l'objet d'arrestations répétées ou d'agressions dans la rue, manœuvres censées semble-t-il les dissuader de poursuivre leurs activités ; d'autres sont placés en détention et poursuivis sur la base de charges forgées de toutes pièces pour avoir osé exprimer leur désaccord avec le pouvoir ou dénoncé des violations commises par le gouvernement.

D'autres encore se voient interdire d'aller à l'étranger. Les autorités tunisiennes ont ainsi empêché Mohamed Abbou, avocat spécialisé dans la défense des droits humains, de se rendre en Europe le 6 mars. C'est la septième fois depuis sa libération de prison, en juillet 2007, que l'autorisation de quitter la Tunisie lui est refusée.

Cela fait trois ans qu'en vertu d'une décision administrative de l'armée israélienne, Shawan Jabarin, le directeur général d'Al Haq, une organisation non gouvernementale palestinienne de défense des droits humains basée à Ramallah, n'est plus autorisé à quitter la Cisjordanie occupée.

« Dans toute la région, celles et ceux qui se battent pour les droits fondamentaux et dénoncent les violations commises par les autorités s'exposent à de gros risques, a déclaré Malcolm Smart, directeur du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d'Amnesty International. Les gouvernements devraient proclamer le rôle crucial de ces personnes dans la promotion et la défense des droits universels. Pourtant, trop souvent, ils les qualifient d'agitateurs ou de fauteurs de troubles et recourent à des moyens oppressifs pour faire obstacle à leurs activités. Dans toute la région, des prisonniers languissent derrière les barreaux simplement parce qu'ils ont exercé de manière pacifique leur droit à la liberté d'expression, d'association ou de réunion. »

Les législations nationales servent systématiquement à réduire les défenseurs des droits humains au silence et à condamner leur travail. Ils sont fréquemment inculpés, entre autres, de « diffamation », d'« insultes », de « diffusion de fausses informations » et de « propagande antigouvernementale ». En Iran, les autorités peuvent invoquer pas moins de neuf textes de loi, pour la plupart vagues et se chevauchant, afin de poursuivre les auteurs présumés de critiques, d'insultes ou de diffamation visant entre autres des représentants de l'État.

L'état d'urgence, instauré parfois depuis des décennies, permet également de prononcer des sanctions sévères au terme de procès iniques devant des juridictions d'exception, comme c'est le cas en Égypte et en Syrie. En Égypte, les autorités usent des pouvoirs très étendus que leur confère l'état d'urgence, afin de maintenir en détention pendant des périodes prolongées, sans inculpation ni jugement, des défenseurs des droits humains. Musaad Abu Fagr, un défenseur des droits des bédouins du Sinaï, est maintenu en détention administrative depuis son arrestation, en décembre 2007.

Dans la région, le climat dans lequel opèrent les défenseurs des droits humains s'est globalement détérioré depuis la « guerre contre le terrorisme » menée par les États-Unis, qui a fourni un nouveau prétexte pour museler la dissidence et adopter des lois antiterroristes.

Aux Émirats arabes unis, le décret-loi sur la lutte contre les crimes terroristes punit même les tentatives non violentes de « troubler l'ordre public, porter atteinte à la sécurité, mettre des personnes en danger ou infliger des destructions à l'environnement ».

Les professionnels des médias, les juristes et les militantes courent des risques spécifiques en raison de leur profession ou de la cause qu'ils servent. Les personnes travaillant dans les médias sont surveillées de près, par crainte du large impact que peut avoir leur travail. Les femmes défenseures des droits humains sont souvent victimes de représailles dans une région modelée par des valeurs traditionnelles, conservatrices et patriarcales. Quant aux professionnels du droit, ils sont en butte au harcèlement en raison de leur proximité avec les accusés, d'autant que les autorités les associent fréquemment à la cause de leur client.

En Syrie, Anwar al Bunni, avocat et défenseur de premier plan des droits humains, purge actuellement une peine de cinq années d'emprisonnement pour des déclarations publiées en 2006 dans un journal qatari ; il avait dit que la mort en détention de Muhammad Shaher Haysa en Syrie avait « résulté de mauvais traitements, voire d'actes de torture ».

Malcolm Smart a ajouté que dans une région où les gouvernements persistent à ne pas respecter les droits fondamentaux, le rôle des défenseurs de ces derniers n'en est que plus crucial. Afin de poursuivre leurs activités, les défenseurs des droits humains doivent pouvoir compter sur le soutien de la communauté internationale jusqu'à ce que leurs campagnes soient reconnues et leurs aspirations réalisées.

« Il est grand temps que les gouvernements de la région reconnaissent la contribution essentielle des défenseurs des droits humains et prennent des mesures afin de favoriser leur travail, a conclu Malcolm Smart. Ils doivent immédiatement mettre fin à la persécution des défenseurs et lever les obstacles, notamment juridiques, qui servent à bloquer ou restreindre leurs activités légitimes en faveur de la promotion et de la protection des droits fondamentaux de la personne humaine. »