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Somalie : avec la multiplication des agressions contre les travailleurs humanitaires, des millions de personnes sont en danger

Ces hommes du centre de la Somalie ont perdu tout leur bétail pendant la sécheresse de 1998.

Ces hommes du centre de la Somalie ont perdu tout leur bétail pendant la sécheresse de 1998.

© DR


6 novembre 2008

Au moins trois millions de Somaliens sont de plus en plus exposés à la malnutrition et aux maladies en raison des attaques qui se multiplient contre les travailleurs humanitaires et les défenseurs des droits humains dans le sud et le centre de la Somalie. De nombreuses organisations ont suspendu leurs programmes et procédé au retrait de leur personnel.

Au moins 40 travailleurs humanitaires et défenseurs des droits humains ont été tués depuis le début de l’année. C’est ce que souligne un nouveau rapport d’Amnesty International intitulé Mortelle insécurité. Attaques contre le personnel humanitaire et les défenseurs des droits humains en Somalie.

En même temps, la Somalie est plongée dans une très grave crise humanitaire, les Nations unies estimant que quelque 3 250 000 Somaliens, soit 43 % de la population, auront besoin d’une aide alimentaire avant la fin de l’année 2008.

Le fait que les organisations humanitaires ne puissent pas fournir librement les services d’urgence nécessaires – nourriture, abris et services médicaux de base – est l’un des principaux facteurs qui contribuent, dans cette région, à la malnutrition généralisée et aux nombreux décès liés à la famine ou à des maladies qui pourraient être évitées.

Un membre d’une organisation humanitaire a ainsi déclaré : « Nous ne pouvons pas lancer de nouveaux programmes car notre personnel ne peut pas se rendre sur place. Les habitants de Mogadiscio souffrent sévèrement de malnutrition, mais nous n'avons pas la possibilité de réagir assez vite, nous devons travailler à distance, et la qualité en pâtit. »

« Il ressort de ces meurtres, enlèvements et menaces que les travailleurs humanitaires et les défenseurs des droits humains ne jouissent plus de la protection, certes limitée, qu’ils avaient auparavant. Celle-ci était liée à leur statut au sein de la communauté, où ils étaient considérés comme des distributeurs impartiaux de nourriture et de services d’urgence, ou comme des militants pour la paix et les droits humains », a déclaré David Copeman, chargé de la campagne Somalie d’Amnesty International.

Par ailleurs, cette année, pour la première fois depuis la fin du gouvernement de Mohamed Siyad Barré en 1991, des défenseurs des droits humains et d’autres membres de la société civile vivant à Mogadiscio ont été contraints de fuir la Somalie.

En effet, les attaques se poursuivent : un employé des Nations unies a perdu la vie dans un attentat à l'explosif le 29 octobre, un ingénieur de l’UNICEF a été délibérément assassiné dans le centre-ville de Hudur le 19 octobre et une militante des droits des femmes a été tuée à Guriel le 25 octobre.

S’agissant des homicides dont les auteurs ont été identifiés, la majorité est imputable aux membres de groupes armés d’opposition, notamment aux milices al Shabab et aux différentes milices affiliées à l'Alliance pour la re-libération de la Somalie (ARS), souvent appelées Tribunaux islamiques.

Ces homicides ont aussi été attribués pour partie à des bandes de malfaiteurs et, dans une moindre mesure, aux milices affiliées au gouvernement fédéral de transition ou à l’armée éthiopienne. Les meurtres les plus récents ont été commis par un ou plusieurs tueurs, presque toujours décrits comme ayant entre quinze et vingt-cinq ans. Les menaces sont proférées au téléphone, dans des tracts ou par le bouche à oreille.

Amnesty International engage toutes les parties au conflit en Somalie à cesser ces attaques illégales contre les membres d’organisations humanitaires et de la société civile.

« Les dirigeants du monde doivent mettre en place un mécanisme, par exemple une commission internationale d’enquête, afin de faire la lumière sur ces homicides, ces enlèvements et ces agressions, et de traduire les responsables présumés en justice, a préconisé David Copeman.

« En outre, les gouvernements donateurs et l’ONU doivent redoubler d’efforts pour établir une distinction claire et transparente entre les secours humanitaires d’urgence, apolitiques, et toute activité politique ou de développement apportant un appui au gouvernement fédéral de transition ou au processus de paix. »