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Colombie. Le gouvernement colombien nie la réalité et des personnes sont en danger

Manifestation en 2006 après le meurtre d’Alejandro Uribe, dirigeant d’un syndicat de mineurs.

Manifestation en 2006 après le meurtre d’Alejandro Uribe, dirigeant d’un syndicat de mineurs.

© DR


28 octobre 2008

Le gouvernement colombien refuse d’admettre la situation réelle des droits humains dans le pays, selon un nouveau rapport d’Amnesty International.

Leave us in peace! Targeting civilians in Colombia's internal armed conflict indique que, malgré des informations faisant état de déplacements forcés, d'attaques contre des militants des droits humains et d’homicides commis par les forces de sécurité, les autorités persistent à essayer de donner une image positive de la situation.

Les autorités colombiennes vont même jusqu’à refuser d’admettre qu’un conflit armé fait rage dans leur pays. « Il est impossible de résoudre un problème si l'on refuse d’admettre son existence, a indiqué Marcelo Pollack, chercheur sur la Colombie à Amnesty International. Ce déni ne fait que condamner un plus grand nombre de Colombiens aux violations de leurs droits et à la mort. »

Le rapport d’Amnesty International est l’étude récente la plus complète sur la situation des droits humains en Colombie. Il est le résultat de recherches menées sur le terrain de 2006 à 2008. Le rapport relate l'histoire des personnes et des communautés les plus touchées par le conflit, notamment les membres des communautés afro-colombiennes, indigènes et paysannes tués ou déplacés de chez eux.

Il évoque également les victimes d’enlèvements, les femmes et les jeunes filles violées, les enfants recrutés par les groupes paramilitaires et les mouvements de guérilla ou mutilés par des mines terrestres, les communautés qui prennent activement position pour défendre leur droit de rester en dehors du conflit et les défenseurs des droits humains et syndicalistes à qui la lutte en faveur des droits fondamentaux a coûté la vie.

Au moins 1 400 civils ont trouvé la mort en 2007. Ce nombre a augmenté par rapport à 2006 (1 300 morts). Dans les affaires pour lesquelles les responsables ont été identifiés, pas moins de 330 étaient imputables aux forces de sécurité, environ 300 aux paramilitaires et quelque 260 à la guérilla.

Pas moins de 305 000 Colombiens ont été déplacés en 2007, contre 220 000 en 2006. Au moins 190 personnes ont été victimes de disparitions forcées imputables aux forces de sécurité et aux paramilitaires ou ont été portées disparues après avoir été enlevées par les groupes de guérilla en 2007. Ce nombre a augmenté par rapport à 2006 (environ 180 personnes).

Le rapport montre aussi que, si certains indicateurs relatifs aux droits humains comme les enlèvements et la situation en termes de sécurité dans certaines villes se sont améliorés au fil des ans, bien d’autres se sont dégradés.

En outre, il dément certaines vérités assénées par le gouvernement colombien, selon lequel les groupes paramilitaires ont été neutralisés, les auteurs d’atteintes aux droits humains sont tenus de rendre des comptes et le travail des militants des droits sociaux et des syndicalistes est pleinement respecté.

« Depuis plus de quarante ans, les Colombiens sont pris au piège dans un effroyable conflit que le monde a oublié. Ils sont pris pour cibles par les forces de sécurité, les groupes paramilitaires et les mouvements de guérilla, tandis que le gouvernement ne prend aucune mesure vraiment efficace pour les protéger, a renchéri Marcelo Pollack.

« Pour enrayer la tragique réalité de la Colombie, le gouvernement et les mouvements de guérilla doivent une bonne fois pour toutes tenir la population civile à l'écart du conflit. »

Depuis le milieu des années 1960, le conflit armé interne colombien oppose les forces de sécurité et les paramilitaires aux groupes de guérilla. Ce conflit s’est caractérisé par une quantité incroyable d’atteintes aux droits humains et de violations du droit international humanitaire. Les principales victimes ont été des civils – des dizaines de milliers d’entre eux ont été tués, des milliers d’autres ont été victimes de disparitions forcées imputables aux forces de sécurité, aux militaires ou aux groupes de guérilla.

Ces violences ont créé l’un des pires déplacements de population au monde : entre 3 et 4 millions de Colombiens auraient dû quitter leur foyer pour échapper aux exactions. Ces crimes attestent du mépris qu’ont toutes les parties au conflit pour le droit international humanitaire et le droit relatif aux droits humains.

Amnesty International engage toutes les parties au conflit colombien à faire preuve d’une volonté politique afin de mettre fin aux atteintes aux droits humains. En outre, l’organisation exhorte la communauté internationale à intensifier ses efforts en vue de garantir que les parties au conflit respectent les droits fondamentaux des Colombiens.