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Les enfants roms subissent une ségrégation dans les écoles en Slovaquie

Des élèves roms pendant un cours de langue slovaque dans l’école primaire spécialisée de Pavlovce nad Uhom.

Des élèves roms pendant un cours de langue slovaque dans l’école primaire spécialisée de Pavlovce nad Uhom.

© Amnesty International


24 juillet 2008

Un grand nombre d’enfants roms continuent de subir une ségrégation au sein du système d’enseignement public slovaque, selon un nouveau rapport d’Amnesty International.

Le rapport, intitulé A tale of two schools: Segregating Roma into special education in Slovakia, se penche sur la situation à Pavlovce nad Uhom, une localité située dans l’est de la Slovaquie, et fait état de violations du droit fondamental à l’éducation subies par des enfants roms dans ce pays.

Comme le montre ce document, l'école d'enseignement spécialisé de Pavlovce nad Uhom, dont la quasi-totalité des élèves sont Roms, est de fait devenue un établissement où règne la ségrégation ; elle est réservée aux Roms et un certain nombre des enfants roms qui y sont scolarisés y ont indûment été placés.

Le rapport fait suite à celui qu’Amnesty International a rendu public en novembre 2007 et qui avait pour titre Still separate, still unequal: Violations of the right to education for Romani children in Slovakia.

D’après des études indépendantes, le pourcentage de Roms parmi les enfants placés dans des écoles spécialisées en Slovaquie pourrait atteindre 80 p. cent. Ces écoles accueillent les enfants présentant des handicaps mentaux. Les enfants roms y reçoivent en conséquence un enseignement au rabais, et ont peu de chances de faire par la suite des études plus poussées ou de trouver un emploi.

Pavlovce nad Uhom se trouve à 10 kilomètres de la frontière avec l’Ukraine. Selon les autorités municipales, 2 600 des 4 500 habitants de la localité sont des Roms.

Pavlovce nad Uhom compte deux écoles primaires : un établissement ordinaire auquel est rattachée une école maternelle et une école primaire spécialisée destinée aux enfants présentant des « handicaps mentaux ».

En mars 2008, près des deux tiers des enfants roms scolarisés étaient placés dans l’établissement d’enseignement spécialisé. Et sur les 200 élèves environ que comptait cette école, 99,5 p cent étaient Roms.

À la suite d’inspections ordonnées par le maire de Pavlovce nad Uhom en 2007, il a été officiellement reconnu que 17 de ces enfants n’avaient pas à se trouver dans cette école spécialisée. Amnesty International a indiqué que ce chiffre est, selon elle, en réalité beaucoup plus élevé.

Officiellement, un enfant ne peut être placé dans une école spécialisée qu’après un diagnostic établissant formellement qu'il présente un handicap mental, et seulement avec le plein consentement des parents.

Or, Amnesty International a constaté que de nombreux enfants n’avaient fait l’objet d’aucune évaluation et que lorsqu’elle avait eu lieu, cette évaluation présentait de graves défauts. De plus, le consentement des parents n’était accordé ni librement ni en pleine connaissance de cause.

Les écoles spécialisées, officiellement destinées aux enfants avec des handicaps mentaux, offrent un programme d’études très simplifié. Cela réduit considérablement les perspectives et possibilités des enfants qui devraient normalement être scolarisés dans des établissements ordinaires.

La ségrégation à laquelle sont soumis les enfants roms dans les écoles primaires aggrave leur marginalisation et renforce les préjugés raciaux.

La Slovaquie a adopté en mai 2008 une nouvelle loi relative aux écoles qui interdit expressément la discrimination et la ségrégation dans le système éducatif. Malgré cela, le gouvernement n’a toujours pas reconnu l’ampleur réelle du problème ni pris des mesures de grande ampleur pour remédier à la situation.

Les violations des droits humains commises à Pavlovce nad Uhom ne sont pas le fait d’une erreur humaine ponctuelle, mais le résultat d’une incapacité généralisée à éliminer la discrimination dans le système éducatif slovaque tant au niveau de sa conception que de sa mise en œuvre.

Dans son rapport, Amnesty International appelle toutes les autorités concernées à prendre les mesures nécessaires pour respecter, protéger et appliquer le droit à une éducation libre de toute discrimination des enfants Roms, et pour mettre fin à la ségrégation raciale dans le système éducatif en Slovaquie.

L’organisation exhorte en outre les autorités de Pavlovce nad Uhom à veiller à ce que toutes les mesures utiles soient prises pour identifier tous les enfants qui ont été indûment placés dans des écoles spécialisées et leur fournir un recours efficace.