Rapport 2013
La situation des droits humains dans le monde

26 juillet 2011

Les revendications d'un militant chevronné reflètent la nouvelle Syrie

Les revendications d'un militant chevronné reflètent la nouvelle Syrie

Il y a deux mois, quand l'éminent avocat syrien Anwar al Bunni, spécialisé dans la défense des droits humains, est enfin sorti dans les rues de Damas après avoir purgé une peine de cinq ans d'emprisonnement, il s'est retrouvé dans un monde changé.

Sur le plan personnel, le cauchemar de sa vie en prison – celle d'un prisonnier d'opinion entouré de condamnés de droit commun, craignant sans cesse d'être agressé tant par ses codétenus que par les gardiens – était enfin terminé. Cependant, d'une manière plus générale, les protestations populaires qui avaient éclaté deux mois plus tôt signifiaient que la Syrie elle-même s'était transformée. Cet homme et les autres défenseurs des droits humains ne se sentaient plus seuls.

« Par le passé, seuls quelques-uns d'entre nous osaient réclamer la liberté et le respect des droits humains, a-t-il déclaré à Amnesty International. Nous nous sentions isolés, car la plupart des gens nous évitaient par peur de représailles des autorités. Après ma libération, je me suis rendu compte que mes revendications étaient devenues celles de tout le peuple syrien. »

Lorsqu'il était en prison, il a également reçu une reconnaissance internationale, sous la forme du prix Front Line pour les défenseurs des droits humains en danger. Cette reconnaissance, aussi bien chez lui qu'à l'étranger, lui a toutefois coûté très cher d'un point de vue personnel. Anwar al Bunni a fait l'objet de diverses formes de harcèlement, notamment de mesures disciplinaires prises par l'Ordre des avocats de Damas et d'une interdiction de se rendre à l'étranger.

En 2006, il a été arrêté car il figurait parmi quelque 300 Syriens et Libanais ayant signé une pétition en faveur de la normalisation des relations entre la Syrie et le Liban. Un an plus tard, il a été condamné à cinq ans d'emprisonnement pour « diffusion de fausses informations portant préjudice à l'État » après avoir parlé ouvertement du cas d'un prisonnier mort en détention des suites de torture ou d'autres mauvais traitements.

Au lieu d'être incarcéré avec des prisonniers d'opinion ayant des idées proches des siennes, Anwar al Bunni a purgé l'intégralité de sa peine dans une partie de la prison d'Adhra appelée « quartier des tueurs ». Il y a partagé une cellule surpeuplée avec des prisonniers de droit commun, dont certains étaient sous le coup d'une condamnation à mort. La menace de la violence était toujours présente.

« J'ai passé la majeure partie de ma peine de cinq ans dans la crainte permanente de subir des attaques de la part d'autres prisonniers, d'autant plus que j'avais déjà été agressé par d'autres détenus sous la pression de l'administration », a-t-il indiqué. Les gardiens l'ont également frappé et humilié, notamment une fois en lui rasant la tête et en le faisant marcher à quatre pattes.

Anwar al Bunni ne s'est pas découragé pour autant. Depuis sa libération, il a repris son activité de juriste, en assistant des manifestants détenus devant la justice, en rédigeant des articles relatifs à la façon dont le système politique syrien pourrait être réformé et en enquêtant sur les atteintes aux droits humains dont ont été victimes certains des milliers de Syriens arrêtés à la suite des récentes manifestations. « Beaucoup sont détenus dans des conditions inhumaines, dans lesquelles la torture est assez répandue », a-t-il précisé. Il s'est récemment entretenu avec un ancien prisonnier libéré depuis peu qui avait été incarcéré dans une cellule de quatre mètres sur quatre avec environ 200 autres personnes.

En ce qui concerne les réformes que le gouvernement syrien a annoncées en réponse aux manifestations massives, notamment la levée de l'état d'urgence en vigueur depuis 48 ans, Anwar al Bunni estime qu'elles n'ont pas transformé les réalités sur le terrain. Au contraire, souligne-t-il, les autorités ont mis en place de nouvelles mesures pour légaliser les vagues d'arrestations et prolonger la durée légale maximale de la détention au secret de quatre jours à 60 jours. « Juridiquement, explique-t-il, la situation est maintenant pire qu'avant. »

Au niveau personnel, lui et son épouse font partie des nombreux Syriens qui demeurent sous le coup d'une interdiction de voyager à l'étranger, malgré une récente annonce officielle selon laquelle ces interdictions auraient été levées. De plus, pendant les sept prochaines années, il n'a pas le droit de voter ni de se porter candidat à des élections, de travailler dans le secteur public, de publier ou d'éditer le moindre document.

Mais pour Anwar al Bunni, le jeu en vaut la chandelle au regard de la réponse qu'il a reçue de ses compatriotes. « Contrairement à avant, les gens expriment maintenant ouvertement leur solidarité envers moi et leur respect pour tout ce que j'ai fait, s'est-il félicité. C'est formidable de sentir qu'on a vraiment donné quelque chose aux autres et qu'ils reconnaissent et apprécient ce qu'on a fait ! »

Il a également remercié Amnesty International pour son soutien pendant les jours sombres de son emprisonnement. Il n'a pas reçu les lettres qui lui ont été envoyées par l'organisation, mais sa femme lui en a parlé : « Je vous remercie beaucoup et, pour ma part, c'est comme si j'avais reçu les lettres personnellement. »

Pour en savoir plus :

Syrie. Un militant détenu risque la torture (action urgente, 20 juillet 2011)
Syrie : craintes de torture pour des personnes arrêtées dans une banlieue de Damas (nouvelle, 18 juillet 2011)
Les exigences de changement en Afrique du Nord et au Moyen-Orient (page spéciale)

Thème

Militants 
Crise Moyen-Orient et Afrique du Nord 
Prisonniers d'opinion 
Torture et mauvais traitements 

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