Entretien : des parents demandent justice pour leur fils, tué par des hommes armés au Mexique

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Eve Jaakkola, la mère de Jyri, évoque la mort de son fils (en anglais).

© Amnesty International

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27 août 2010

Le 27 avril, un convoi de défenseurs des droits humains, de militants politiques et de journalistes se déplaçant dans l'État d'Oaxaca, au Mexique, a été attaqué par un groupe d'environ 20 hommes armés.

Ce convoi de 25 personnes et cinq véhicules était en route pour San Juan Copala où vit une communauté indigène, afin d'apporter à celle-ci nourriture et médicaments, denrées dont elle avait grand besoin.

Deux personnes ont été tuées lors de cette attaque : Beatriz Alberta (Bety) Cariño Trujillo et Jyri Antero Jaakkola, un jeune militant finlandais. Tous deux étaient des défenseurs des droits humains.

Depuis leur mort, l'époux de Bety et les parents de Jyri se battent pour obtenir justice. Ils veulent que les auteurs de ce crime soient retrouvés et jugés.

Les parents de Jyri Jaakkola ont décidé de se rendre au Mexique. À la veille de leur départ pour ce périple fort en émotions, Amnesty International a parlé à Eve, la mère de Jyri.

Pouvez-vous expliquer le but de ce voyage au Mexique ?
Eve Jaakkola : Nous avons perdu notre fils et nous voulons obtenir justice pour lui. Nous nous rendons au Mexique pour voir où en est l'enquête sur la mort de Jyri et de Bety Cariño. Il nous semble très important que leur meurtre fasse l'objet d'une enquête équitable, et que les responsables reçoivent un châtiment juste. Jusqu'à présent, d'après ce que nous avons appris et compris, les enquêtes ont progressé et nous voulons croire que les autorités ont le désir d'élucider cette affaire.

Quels sont vos projets pour ce séjour au Mexique ?
EJ : Dans un premier temps, nous rencontrerons les avocats des victimes. Ils nous informeront de la situation, de l'état d'avancement de l'enquête et de leurs projets pour le futur. Je pense qu'ils font de l'excellent travail et nous respectons leur détermination à obtenir justice pour les atteintes commises contre les droits humains et les défenseurs. Je pense aussi qu'ils ont besoin de tout le soutien possible, et nous voulons coopérer avec eux et écouter ce qu'ils ont à dire.

Qu'est-ce qui a mené Jyri de la Finlande au Mexique ?
EJ : Jyri travaillait depuis de nombreuses années au sein de diverses organisations finlandaises, et se passionnait pour la justice. Il travaillait également sur le commerce équitable. Puis il s'est mis à penser que le commerce équitable ne suffisait pas. On peut dire qu'il voulait un monde équitable. La justice était importante pour lui, mais la justice pour tous, pas seulement pour les riches des pays du Nord. Les Mexicains ont enseigné à Jyri un nouveau concept, qui lui paraissait très important et très beau : la vida digna, vivre dignement.

Il a expliqué sur son blog qu'il voulait que tout un chacun jouisse de la dignité et du respect de soi. Jyri oeuvrait pour que dans le monde entier, les gens puissent vivre dans la dignité. C'est pourquoi il est parti au Mexique. Il voulait en savoir plus sur la vie des peuples indigènes.

Qu'est-ce qui l'a le plus marqué au Mexique ?
EJ : Il était très intéressé par le mode de vie des populations indigènes, leur désir d'autonomie et leurs communautés, leur manière de vivre au quotidien. Il parlait également du changement climatique ; il voulait partager ces expériences avec la population mexicaine.

Amnesty International et d'autres organisations de défense des droits humains agissent afin d'inciter le gouvernement mexicain à protéger les défenseurs des droits fondamentaux. Pensez-vous que votre visite au Mexique permettra de braquer les projecteurs sur cette question ?
EJ : Je l'espère, je l'espère de tout cœur. D'après ce que nous savons les défenseurs des droits humains travaillent dans des conditions dangereuses au Mexique. Le cas de Jyri et de Bety n'est qu'un exemple de cela. Nous essayons d'aider des gens qui en ont besoin.

La guerre menée par le gouvernement mexicain aux cartels de la drogue monopolise l'attention des médias. Ne pensez-vous pas que le gouvernement doive se concentrer sur cette question et qu'il n'a peut-être pas la possibilité de travailler spécifiquement sur la situation des défenseurs des droits humains ?
EJ : Je sais que le trafic de drogue est un problème de taille, mais je crois aussi qu'il est important que le gouvernement se préoccupe des droits fondamentaux de la population. Les défenseurs des droits humains s'y emploient, et je crois qu'il est essentiel de parler d'eux, de savoir ce qu'ils font et de les protéger dans le cadre de leur travail. C'est de la responsabilité du gouvernement.

Quels sont vos sentiments alors que vous vous apprêtez à vous rendre à l'endroit où votre fils a perdu la vie ?
EJ : Eh bien, l'autre raison pour moi de me rendre au Mexique c'est de voir le lieu où notre fils a passé ses derniers mois, d'en faire l'expérience. Nous voulons rencontrer ses amis et les personnes avec lesquelles il travaillait. D'une certaine manière, nous voulons suivre sa trace, rendre visite aux gens avec lesquels il vivait et écouter ce qu'ils peuvent nous dire des dernières semaines de notre fils.

Je ne sais pas comment nous allons supporter ça ; dans un sens, j'ai peur. Mais nous voulons le faire. Il n'y a rien de plus horrible que de perdre un enfant. Nous savons qu'il était heureux au Mexique, qu'il aimait l'État d'Oaxaca et les personnes qui tenaient à partager chaque jour avec lui. Il voulait rester sur place un an, mais n'a tenu que deux mois ; il y était heureux.

Pour en savoir plus :

Mexique : un convoi humanitaire doit pouvoir atteindre en tout sécurité des communautés indigènes assiégées (nouvelle, 7 juin 2010)
Les autorités mexicaines doivent aider une communauté assiégée par un groupe armé (nouvelle, 11 mai 2010)
Il faut rendre justice aux observateurs des droits humains victimes d'une attaque au Mexique (nouvelle, 5 mai 2010)