Rapport 2013
La situation des droits humains dans le monde

11 septembre 2012

Blog – Des enfants dessinent l'horreur du conflit syrien

Blog – Des enfants dessinent l'horreur du conflit syrien
Des dessins réalisés par des enfants syriens réfugiés au Liban représentent des scènes de massacre en Syrie.

Des dessins réalisés par des enfants syriens réfugiés au Liban représentent des scènes de massacre en Syrie.

© Amnesty International


Les dessins représentent des scènes de violence vues par les enfants avant qu'ils ne fuient la Syrie.

© Amnesty International


Lorsque l'armée [syrienne] a attaqué al Qusayr, notre quartier a été bombardé et nous avons vu des soldats armés dans les rues qui tiraient sur les gens. Nous avons pris les enfants et nous avons fui. Je ne savais pas où aller, nous entendions des tirs et nous avions peur. Nous sommes arrivés dans les champs en dehors de la ville et nous y sommes restés pendant 10 jours, cachés sous les arbres. Lorsque je repense à tout ce qui s'est passé, je me sens très mal.
Source: 
Najib, ouvrier agricole de al Qusayr près de Homs

Par un chercheur d'Amnesty International au Liban

Les dessins faits par les enfants représentent rarement des tanks, des obus et des mortiers, et encore moins des visages ou des bras ensanglantés.

Cependant, lorsque j'ai récemment donné du papier et des crayons à des enfants syriens réfugiés au Liban, leurs dessins ont démontré qu'ils avaient été témoins d'horreurs qu'aucun enfant ne devrait voir.

Ces enfants et leurs parents font partie des 50 familles qui se sont abritées dans une mosquée à Arsal, près de la frontière syrienne. L'afflux massif de personnes fuyant le conflit a saturé les installations sanitaires du bâtiment.

Najib, ouvrier agricole de al Qusayr, près de Homs, m'a raconté son histoire.

Il était arrivé à Arsal avec sa famille quelques semaines plus tôt, vers le 15 août 2012.

« Lorsque l'armée [syrienne] a attaqué al Qusayr, notre quartier a été bombardé et nous avons vu des soldats armés dans les rues qui tiraient sur les gens. Nous avons pris les enfants et nous avons fui. Je ne savais pas où aller, nous entendions des tirs et nous avions peur. Nous sommes arrivés dans les champs en dehors de la ville et nous y sommes restés pendant 10 jours, cachés sous les arbres. Lorsque je repense à tout ce qui s'est passé, je me sens très mal. »

Une fois que Najib et sa famille ont passé la frontière et sont arrivés à Arsal, ils n'avaient nulle part où aller. Après avoir dormi dans la rue pendant une semaine, ils ont finalement été admis pour vivre dans le sous-sol de la mosquée, sous les escaliers.

Il a poursuivi : « Je suis malade, j'ai une maladie du rein et si je le pouvais, je travaillerais ici pour gagner de l'argent mais je ne peux pas. Grâce à Dieu, nous avons de bonnes relations avec les autres familles syriennes et nous nous entraidons. Ma femme est enceinte, dans son sixième mois. Elle devrait accoucher par césarienne mais l'opération coûte 800 000 livres libanaises (environ 530 dollars des Etats-Unis) et je n'ai pas cet argent… Mes enfants ne sont pas allés à l'école depuis un an et demi. Je ne sais pas s'ils pourront aller à l'école ici, on nous a dit de patienter. On dit que des ONG sont là pour nous aider, mais nous n'avons reçu aucune aide jusqu'à présent. »

D'autres personnes ayant fui la Syrie ont été hébergées dans des écoles fermées pour l'été. La rentrée scolaire approchant, on leur a demandé de quitter les lieux. La pression devient de plus en plus forte dans la zone en matière de logement, car les réfugiés continuent d'arriver en masse. Dès lors, on ne sait pas où ils iront, malgré les efforts des organisations locales et internationales pour les aider.
On devrait louer le gouvernement libanais pour ses efforts afin d'accueillir un grand nombre de réfugiés venus de Syrie. D'après les derniers chiffres de l'agence des Nations unies pour les réfugiés, environ 65 000 personnes ont été recensées en tant que réfugiées ou sont en attente d'enregistrement. Ce nombre pourrait être en réalité bien supérieur.

La communauté internationale doit faire plus d'efforts, dans un esprit de solidarité et de partage des responsabilités, afin de soutenir le Liban et les autres pays voisins, en fournissant une aide absolument indispensable, que ce soit sous une forme financière ou autre. Fin août, la communauté internationale n'avait donné qu'environ un tiers des fonds nécessaires afin de soutenir l'appel de l'agence des Nations unies pour les réfugiés.

Sans financement adéquat, ceux qui ont fui la violence en Syrie se retrouveront sans protection adaptée, dans des conditions précaires engendrant le ressentiment et parfois, la violence, comme en témoignent les événements récents survenus dans le camp de réfugiés de Zaatari en Jordanie.

Les enfants n'auront plus aucune chance de jouer et d'oublier les horreurs dont ils ont été témoins, de reprendre leurs études interrompues, ou encore de recevoir un soutien psycho-social adapté.

Si, l'espace d'un instant, ces enfants ont pu oublier la lourdeur de leur environnement glauque grâce à quelques feuilles de papier et quelques crayons apportés par un chercheur en droits humains, cela ne représente en rien un substitut à l'aide internationale dont leurs familles ont besoin de manière urgente.

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