Rapport 2013
La situation des droits humains dans le monde

14 septembre 2012

Blog - Syrie : les attaques menées sans discrimination tuent, terrorisent et forcent les civils à se déplacer

Blog - Syrie : les attaques menées sans discrimination tuent, terrorisent et forcent les civils à se déplacer
Tous les jours, dans toute la Syrie, des civils, notamment des enfants, sont tués et blessés par les frappes aériennes aveugles et les tirs d'artillerie des forces armées du gouvernement.

Tous les jours, dans toute la Syrie, des civils, notamment des enfants, sont tués et blessés par les frappes aériennes aveugles et les tirs d'artillerie des forces armées du gouvernement.

© AHMAD GHARABLI/AFP/GettyImages


Tous les jours, dans toute la Syrie, des civils, dont des enfants, sont tués et blessés par les frappes aériennes aveugles et les tirs d'artillerie des forces armées du gouvernement.
Source: 
Donatella Rovera, principale conseillère d'Amnesty International pour les réactions aux crises

[Ce blog a été initialement publié par le Telegraph]

Par Donatella Rovera, principale conseillère d'Amnesty International pour les réactions aux crises

Ahmad Hamdo, 11 ans, repose sur un brancard à même le sol de l'hôpital.

Quelques instants auparavant, il a succombé à des blessures causées par des éclats d'obus à l'abdomen et au bassin.

Dans la même pièce, des médecins tentent désespérément de sauver une petite fille gravement blessée à la tête.

Son père lui tient la main en murmurant, « Ma petite fille chérie, reste avec moi ». Elle est décédée 10 minutes plus tard. Elle s'appelait Maram Qaddi, elle avait cinq ans.

Maram, Hamdo et une jeune fille de 15 ans nommée Doaa, ont été tués lors du bombardement de leurs maisons par l'armée de l'air syrienne, dans le village d'Ainkawi : bilan, cinq morts et des dizaines de blessés parmi la population civile.

Mothanna Abdo, un bébé, comptait parmi ces blessés ; il est arrivé à l'hôpital avec d'horribles blessures béantes à la cuisse droite, transpercée par des fragments d'obus. Je ne sais pas comment un si petit enfant pouvait supporter une telle douleur. Sa mère avait une mauvaise blessure causée par un éclat d'obus dans le dos.

Tous les jours, dans toute la Syrie, des civils, dont des enfants, sont tués et blessés par les frappes aériennes aveugles et les tirs d'artillerie des forces armées du gouvernement.

L'attention des médias internationaux étant majoritairement tournée vers les combats qui se déroulent à Alep et dans la capitale Damas, le monde n'entend quasiment pas parler de toutes les horreurs que vivent au quotidien les habitants de Jabal al Zawiya et d'autres villes et villages dans les régions d'Idlib et du nord de Hama.

Chaque jour, des civils sont tués et blessés chez eux ou dans la rue, alors qu'ils tentent de se mettre à l'abri.

Ces derniers jours, ces dernières semaines, des centaines de personnes ont péri ou ont été blessées, dont de nombreux enfants.

Les villes et les villages sont quasiment vidés de leurs habitants ; beaucoup se cachent désormais dans la campagne alentour ou se terrent dans les caves.

Certains s'entassent chez des proches, dans des secteurs qu'ils espèrent moins dangereux. D'autres fuient et franchissent la frontière avec la Turquie – s'ils n'y restent pas bloqués en attendant de pouvoir passer.

À Maaret Misrin, ville de 40 000 habitants qui avait jusque récemment accueilli de nombreuses familles fuyant les combats, j'ai été témoin de bombardements aveugles, quotidiennement. La ville est aujourd'hui quasiment déserte et les quelques habitants qui restent n'ont pas d'endroit où se mettre en sûreté.

Le 9 septembre, en l'espace d'une demi-heure, j'ai entendu quatre obus d'artillerie. Nabila Haddad, mère de quatre enfants, et son cousin Ahmad Haddad, ont été tués ; son fils de 15 ans a été grièvement blessé, ainsi que deux autres de ses proches.

La veille, alors que je m'étais rendue sur un site où une frappe aérienne avait fait plusieurs victimes, deux obus sont tombés sur une maison dans la rue voisine. Nous avons retrouvé les occupants ahuris, recouverts de poussière blanche mais, fort heureusement, indemnes. Au moment de l'explosion, ils étaient tous réunis en train de boire le thé.

Les femmes et les enfants, terrifiés, se sont blottis dans une pièce dans une partie de la maison qui n'était pas endommagée. Je n'en revenais pas qu'ils aient pu s'en sortir indemnes.

D'autres n'ont pas eu cette chance. Une famille m'a raconté que leurs proches et leurs voisins ont été victimes d'une frappe le 18 août : un homme nommé Nazir Najjar et son fils de 13 ans sont morts, tandis que sa femme et trois autres de leurs enfants ont été blessés. Lors de la même attaque, une femme qui vivait juste à côté, Yusra Yunes, et le propriétaire de l'épicerie d'en bas, Mohammed Aalulu, ont également péri.

Les bombardements et les pilonnages sont incessants. Durant les 11 jours que j'ai passés dans la région, pas un seul ne s'est écoulé sans que l'on n'entende le fracas des bombes et je n'ai pas vu une seule ville ni un seul village qui n'ait été touché.

Les victimes sont presque toutes des civils. Ce qui n'est guère surprenant, car les bombes non guidées larguées par l'aviation, tout comme les tirs d'artillerie et de mortier, sont par nature imprécis. Ils ciblent des secteurs, pas des cibles précises, et sont destinés à servir sur des champs de bataille – mais en aucun cas contre des quartiers d'habitation.

Le 8 septembre, je suis arrivée à Taftanaz, où une violente offensive de l'armée syrienne, en avril, avait fait de très nombreux morts parmi la population civile.

Aujourd'hui pratiquement déserte, la ville était ébranlée par de bruyantes explosions. Notre voiture a été secouée lorsque deux obus d'artillerie – il semble qu'ils vont souvent par paires – ont atterri tout près de nous, sur une zone vide.

Il n'y avait personne alentour, à l'exception du convoi à bord duquel je me déplaçais, formé par deux voitures et une cohorte de femmes et d'enfants en route pour les camps de réfugiés en Turquie – difficile d'y voir une cible militaire. Quelques minutes plus tard, un autre obus a frappé, au bord de la route principale, à quelques centaines de mètres devant notre véhicule. Là encore, aucune cible militaire en vue.

Tout le monde ne peut pas partir – le carburant se fait rare – et certains ne veulent pas devenir des réfugiés. Et là où il y a des habitants, il y a des victimes, bien souvent des enfants.

À l'hôpital de l'un des villages, à Jabal al Zawiya, deux cadavres ont été amenés, un jeune homme et un garçon. L'arrière du crâne du garçon avait été emporté. Un homme qui avait amené certains des blessés est venu voir l'enfant et s'est évanoui devant cette vision d'horreur.

Il a plus tard été identifié comme étant Abdo Ahmad al Hammami, 9 ans.

Dans une salle des urgences, un garçon de 13 ans hurle de douleur ; son corps est criblé de balles de shrapnel, mais il attend son tour pour être soigné, car d'autres sont encore plus grièvement blessés. Deux de ces patients sont morts dans les deux heures qui ont suivi, en dépit de tous les efforts des médecins pour les sauver.

Ils ont eux aussi été victimes d'une attaque menée sans discrimination. Certains blessés et leurs proches m'ont raconté que plusieurs missiles avaient explosé dans le village d'Ehsem, tout proche, touchant les habitants dans leur maison et dans la rue. Lors de cette attaque, cinq personnes ont été tuées et au moins 10 blessées.

Force est de constater que cette situation se reproduit dans tous les secteurs qui sont passés sous le contrôle des forces de l'opposition. Les forces gouvernementales, qui ont dû quitter ces zones, les bombardent désormais depuis le ciel et les pilonnent à l'artillerie, à distance, sachant que les victimes de ces attaques menées sans discrimination sont presque toujours des civils.

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