Rapport 2013
La situation des droits humains dans le monde

27 mars 2012

«Ne laissons pas les meurtriers nous transformer en assassins»

«Ne laissons pas les meurtriers nous transformer en assassins»
Renny Cushing souhaiterait que les proches de victimes de meurtre soient mieux soutenues.

Renny Cushing souhaiterait que les proches de victimes de meurtre soient mieux soutenues.

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Se remettre d'un traumatisme de meurtre prend du temps : c'est un processus de toute une vie qui a des répercussions sur les générations futures.
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Renny Cushing, directeur exécutif de Murder Victims Families for Human Rights

Le fils d'une victime de meurtre aux États-Unis fait part de ses réflexions sur la lutte en faveur de l'abolition de la peine de mort.

En 1988, par une chaude soirée de juin, Robert Cushing et son épouse Marie étaient chez eux en train de regarder un match de basket-ball à la télévision, lorsqu'ils entendirent quelqu'un frapper à la porte.

Alors que l'enseignant à la retraite du New Hampshire ouvrait la porte d'entrée de la maison où ils avaient élevé leurs sept enfants, deux coups de feu retentirent, déchiquetant sa poitrine.

Il est mort sur le coup sous les yeux de son épouse.

Plus tard cette nuit-là, un policier apprit la terrible nouvelle à son fils Renny Cushing, alors âgé de 34 ans, qui avait rendu visite à ses parents moins d'une heure avant le drame.

« Pour moi, à ce moment-là, le fait de réfléchir à son comportement au lendemain d'un meurtre a cessé d'être purement intellectuel pour s'inscrire dans la réalité de mon quotidien », explique Renny Cushing, s'entretenant avec Amnesty International depuis la maison où son père a été assassiné. C'est désormais là qu'il vit avec sa femme et leurs trois filles.

Pour certains, après avoir perdu un être cher assassiné, l'instinct commande de voir les responsables mis à mort.

Pourtant, depuis la mort de son père, Renny Cushing est devenu un porte-parole de la lutte contre la peine de mort ; il parcourt les États-Unis et l'Asie pour discuter avec les victimes qui s'opposent à la peine capitale et les représenter.

« Griller ces salauds »

Robert McLaughlin, l'homme qui a abattu le père de Renny Cushing, n'était pas un parfait inconnu. C'était un voisin, un policier qui n'était pas en service. Plus de 10 ans avant le meurtre, il avait agressé une femme âgée, pendant son service, et la famille Cushing avait demandé aux autorités locales de mener une enquête. Mais rien n'avait été fait.

Le 1er juin 1988, apparemment résolu à commettre un meurtre, Robert McLaughlin a pris un fusil au poste de police, dans l'armoire où sont stockés les éléments de preuve, et, accompagné par sa femme, il est venu frapper à la porte des Cushing.

Quelques jours après l'arrestation des McLaughlin, Renny Cushing est tombé sur un vieil ami de la famille à l'épicerie du coin.

« Il m'a dit : " J'espère qu'ils vont griller ces salauds, pour que toi et ta mère puissiez trouver un peu de paix. "

« Je n'ai pas su quoi lui répondre. Voici un homme qui me connaissait depuis toujours, qui savait qu'avant l'assassinat de mon père, j'étais contre la peine de mort. Il supposait que parce qu'il s'agissait de mon père, j'allais changer de point de vue à ce sujet.

« En y repensant, j'ai réalisé que si je changeais en effet d'opinion, cela ne ferait qu'ajouter à la gravité du crime. Non seulement j'aurai perdu mon père, mais avec lui mes valeurs. Je ne voulais pas que cela se produise et je pense qu'il en va de même pour la société et pour les individus. Si nous laissons les meurtriers nous transformer en assassins, alors c'est le triomphe du mal et cela ne fait qu'aggraver la situation pour chacun », a-t-il déclaré à Amnesty International.

La reconstruction des victimes

Reconnus coupables du meurtre de Robert Cushing, Robert et Susan McLaughlin purgent des peines de réclusion à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle.

« Dans la mesure où je me sens en sécurité parce que les responsables sont exclus de la société, je suis satisfait, explique Renny Cushing.

« Mais je ne retire aucune joie de savoir qu'ils purgent une peine en prison. Ce que je m'efforce surtout de faire, c'est de lâcher prise. J'ai consacré assez de temps dans ma vie aux gens qui ont pris la vie de mon père et à ceux qui ont pris celle de mon beau-frère. Je ne veux pas que cela devienne une obsession.

« Si vous tombez dans ce piège, cela vous prend tout, pas seulement votre vie. J'ai trop souvent rencontré des familles de victimes tellement obnubilées par la manière dont leur proche est mort, qu'elles finissent par oublier comment il a vécu. C'est une tragédie qui exacerbe la douleur. »

En 2004, Renny Cushing a fondé Murder Victims' Families for Human Rights (MVFHR), une association qui cherche à créer des passerelles entre les mouvements en faveur de l'abolition de la peine de mort et les associations de défense des droits des victimes.

En tant que directeur exécutif de MVFHR, il rencontre souvent des familles de victimes de meurtres qui sont favorables à la peine capitale. Mais il est convaincu que les montrer du doigt pour les convaincre de devenir abolitionnistes n'est pas la bonne démarche.

« Je comprends que d'autres victimes et familles de victimes puissent soutenir la peine de mort, et je ne cherche jamais à leur imposer mes idées. Je me retrouve à travailler au sein du mouvement en faveur de l'abolition de la peine de mort, tout en sachant que bien souvent j'ai bien plus en commun avec un proche d'une victime de meurtre qui soutient la peine capitale qu'avec tous mes collègues du mouvement abolitionniste qui ne savent pas ce que c'est que d'enterrer un être cher qui a été assassiné. »

Selon lui, il est plus constructif d'offrir soutien et conseil aux familles des victimes de meurtre.

Il cite le cas de Bob Curley, ancien partisan de la peine capitale dont le fils de 10 ans a été violé et tué au Massachusetts en 1997. Bob Curley a fait campagne pour la réintroduction de la peine de mort dans cet État, avant de changer de position. Il a expliqué publiquement que le fait de discuter avec les membres de MVFHR lui avait ouvert les yeux sur des réponses plus constructives.

Un processus de toute une vie

Membre à trois reprises de la Chambre des représentants du New Hampshire, Renny Cushing a soutenu une loi visant à abolir la peine de mort en 1998.

L'État du New Hampshire maintient toujours la peine capitale, mais n'a exécuté aucun condamné depuis 1939. Une proposition de loi visant à l'abolir a été adoptée par la Chambre et le Sénat en 2000 ; le gouverneur de l'époque, Jeanne Shaheen, y a opposé son veto. En juin 2011, le gouverneur John Lynch a promulgué un projet de loi élargissant le champ d'application de la peine de mort dans le New Hampshire.

Néanmoins, les sondages indiquent que le soutien de la population à la peine de mort fléchit aux États-Unis, d'autres sanctions pour les affaires de meurtres étant de plus en plus privilégiées.

« Aux États-Unis, environ 140 personnes ont été déclarées coupables à tort et condamnées à mort depuis l'année 2000. Ce chiffre a déplacé le débat et doit inciter les gens à marquer une pause et à envisager la peine capitale sous un autre angle, a indiqué Renny Cushing.

« Les parlementaires et les législateurs présument que toutes les familles de victimes de meurtres appellent de leurs vœux la peine de mort, et qu'ils sont tenus d'offrir à la population une exécution pour apporter une solution à la souffrance des victimes.

« Toutefois, cette approche néglige le fait que se remettre d'un traumatisme de meurtre prend du temps : c'est un processus de toute une vie qui a des répercussions sur les générations futures. »

Campagnes

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Thème

Peine de mort 

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