Rapport 2013
La situation des droits humains dans le monde

15 août 2012

Hongrie. L’État doit protéger les Roms contre les agressions

Hongrie. L’État doit protéger les Roms contre les agressions
Plus d'un millier de personnes se sont rassemblées le 5 août à Devecser à l’occasion d’une manifestation organisée par le parti d’extrême droite Jobbik.

Plus d'un millier de personnes se sont rassemblées le 5 août à Devecser à l’occasion d’une manifestation organisée par le parti d’extrême droite Jobbik.

© DR


L’incitation et le recours à la violence discriminatoire contre toute catégorie de la société hongroise doivent être condamnés publiquement et tous les actes de harcèlement et de violence à connotation raciale doivent faire l’objet d’une enquête approfondie.
Source: 
Jezerca Tigani, directrice adjointe du programme Europe et Asie centrale d’Amnesty International
Date: 
Me, 15/08/2012

Les autorités hongroises doivent mieux protéger les Roms installés dans le pays, a indiqué Amnesty International dans une lettre adressée au gouvernement mercredi 15 août, à la suite d’agressions perpétrées par des groupes d’extrême droite contre des Roms à Devecser, un village de l’ouest du pays.

Les violences ont éclaté le 5 août, lorsque plus d’un millier de personnes se sont rassemblées sur la place principale de Devecser et ont manifesté à l’initiative du parti d’extrême droite Jobbik auquel s’étaient joints divers groupes d’autodéfense d’extrême droite.

Selon des témoins, plusieurs personnes ont scandé des slogans anti-roms et lancé des morceaux de béton et d’autres projectiles sur des maisons habitées par des Roms. La police n’est pas intervenue pour faire cesser ces violences et on ignore si elle a procédé à des arrestations.

« Les autorités hongroises sont tenues de protéger l’ensemble des citoyens et doivent donc diligenter une enquête approfondie, indépendante et rapide sur les allégations selon lesquelles la police n’aurait rien fait pour empêcher les violences commises à Devecser », a expliqué Jezerca Tigani, directrice adjointe du programme Europe et Asie centrale d’Amnesty International.

« L’incitation et le recours à la violence discriminatoire contre toute catégorie de la société hongroise doivent être condamnés publiquement et tous les actes de harcèlement et de violence à connotation raciale doivent faire l’objet d’une enquête approfondie. »

Selon les médias, Jobbik a appelé à défiler à la suite d’une « bagarre » qui avait opposé fin juillet des membres de deux familles, dont l’une appartient à la communauté rom et l’autre non.

Gábor Ferenczi, député de Jobbik ; László Toroczkai, du groupe d’autodéfense Soixante-quatre comtés ; et Attila László, de l’Association des gardes civils pour un avenir meilleur, ont pris la parole lors du rassemblement.

Des témoins ont déclaré que ces allocutions étaient toutes empreintes d’un sentiment anti-rom et que certaines appelaient même les Hongrois à combattre les « gitans parasites » et, indirectement, à les éliminer.

Par exemple, Zsolt Tyirityán, du groupe Betyársereg (« Armée hors-la-loi »), aurait tenu des propos ouvertement racistes.

« Les commentaires désobligeants ou racistes, en particulier ceux émanant de représentants de l’État ou de personnalités politiques, s’apparentent à une incitation à la haine raciale », a précisé Jezerca Tigani.

« Les auteurs présumés de tout acte d’incitation à la haine raciale doivent être poursuivis en vertu de lois prévoyant des peines qui reflètent la gravité des faits. »

Des vidéos diffusées sur YouTube semblent confirmer que des blocs de béton et d’autres projectiles ont été lancés sur des maisons habitées par des Roms.

Une militante a indiqué à Amnesty International qu’elle se trouvait dans la cour d’un de ces logements lorsque la foule a commencé à scander des slogans anti-roms et s’est mise à lancer des bouteilles, des pierres et des morceaux de béton. Blessée au bras par un de ces projectiles, elle a porté plainte auprès de la police.

Dans une lettre ouverte adressée au ministre de l’Intérieur et au responsable de la police nationale au sujet des violences de Devecser, trois organisations non gouvernementales hongroises ont estimé que, « en ne dispersant pas les manifestants, la police n’avait pas fait respecter les droits des habitants du village à la liberté, à l’égalité et à la sécurité. »

L’Union hongroise des libertés civiles (TASZ), le Comité Helsinki de Hongrie et l’Institut Eötvös Károly (EKINT) ont ajouté que les discours de dirigeants d’extrême droite contenaient des appels à commettre des crimes et à restreindre les libertés d’autrui. Ils ont demandé l’ouverture d’une enquête pour négligence policière et souhaité que les conclusions de cette enquête soient rendues publiques.

Amnesty International avait déjà écrit au gouvernement hongrois en avril dernier pour lui faire part de ses préoccupations quant au rapport de la Commission parlementaire ad hoc sur les activités de groupes d’autodéfense d’extrême droite dans le village de Gyöngyöspata en mars 2011, document qui passait sous silence les atteintes aux droits humains subies par les Roms.

À la suite d’une marche sur Gyöngyöspata organisée par Jobbik, qui avait rassemblé quelque 2 000 personnes, trois groupes d’autodéfense avaient en effet patrouillé dans le village pendant près d’un mois, menaçant et harcelant les Roms qui y vivaient dans le but de les intimider.

« Les récents événements de Devecser montrent que, malgré le rapport de la Commission parlementaire ad hoc, des violences continuent d’être perpétrées sans que les autorités remplissent leur obligation de prévenir ces agressions et de protéger les personnes visées », a conclu Jezerca Tigani.

En octobre 2010, Devecser a été l’un des villages les plus touchés par un écoulement de boue rouge toxique en provenance d’une mine. Les principaux cours d’eau de la région avaient alors été contaminés.

Le torrent avait emporté des voitures et endommagé des ponts et des maisons, contraignant des centaines d’habitants à évacuer les lieux.

Thème

Militants 
Discrimination 
Roma Rights 

Pays

Hongrie 

Région ou pays

Europe et Asie centrale 

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