Rapport 2013
La situation des droits humains dans le monde

23 août 2012

Syrie : les civils sont frappés de plein fouet dans la bataille pour Alep

Syrie : les civils sont frappés de plein fouet dans la bataille pour Alep
Les civils endurent un degré de violence épouvantable dans la bataille pour le contrôle d'Alep.

Les civils endurent un degré de violence épouvantable dans la bataille pour le contrôle d'Alep.

© Amnesty International


Le fait que les forces gouvernementales utilisent des armes imprécises, telles que des bombes non téléguidées, des obus d'artillerie et des mortiers, a augmenté de manière dramatique le danger pour les civils.
Source: 
Donatella Rovera, principale conseillère d'Amnesty International pour les réactions aux crises, récemment de retour d'Alep.
Date: 
Je, 23/08/2012

Les civils endurent un degré de violence épouvantable dans la bataille que se livrent les forces gouvernementales syriennes et les combattants de l'opposition pour s'assurer le contrôle d'Alep, la principale ville et capitale commerciale du pays, déclare Amnesty International dans un nouveau rapport sur la Syrie.

Ce document de 11 pages et les vidéos qui l'accompagnent se fondent sur les recherches effectuées directement par Amnesty International, sur le terrain, durant la première quinzaine d'août.

Il fournit des informations sur les frappes aériennes et les tirs d'artillerie, de plus en plus fréquents, menés par les forces gouvernementales sur les quartiers résidentiels et s'apparentant souvent à des attaques sans discrimination qui mettent sérieusement en péril la population civile.

« Le fait que les forces gouvernementales utilisent des armes imprécises, telles que des bombes non téléguidées, des obus d'artillerie et des mortiers, a augmenté de manière dramatique le danger pour les civils », a commenté Donatella Rovera, principale conseillère d'Amnesty International pour les réactions aux crises, récemment de retour d'Alep.

Au cours d'une visite de 10 jours dans cette ville, la délégation d'Amnesty International a étudié une trentaine d'attaques au cours desquelles de très nombreux civils non impliqués dans les hostilités, dont beaucoup d'enfants, ont été blessés ou tués chez eux ou alors qu'ils faisaient la queue pour acheter du pain. Certains se trouvaient même dans des lieux où ils s'étaient réfugiés à la suite d'attaques aveugles sur des quartiers habités.

Souvent, aucune distinction n'était faite entre combattants de l'opposition et population civile. Plutôt que de viser des objectifs militaires spécifiques, les attaques semblaient dirigées, sans discernement, contre les quartiers contrôlés de facto par les combattants de l'opposition ou ceux dans lesquels ils stationnaient ou qui servaient de base pour leurs opérations.

Parmi les victimes de ces attaques figuraient 10 membres de la famille Kayali, dont sept enfants, tués lorsque leurs maisons ont été entièrement détruites par deux frappes aériennes, dans l'après-midi du 6 août.

Certaines des victimes sont mortes à l'endroit même où elles avaient cherché refuge après avoir été forcées par les combats de partir de chez elles. C'est le cas d'Amina Hindi, tuée tout comme son mari, sa mère et sa petite nièce de trois mois. Son mari et elle avaient fui leur maison à cause des combats et s'étaient réfugiés chez son frère, dont la maison a été attaquée par des tirs d'artillerie le 8 août.

Le rapport contient aussi des informations sur des cas où des civils ont été blessés ou tués alors qu'ils faisaient la queue pour acheter du pain. L'actuelle pénurie de pain à Alep donne lieu à de longues queues devant les boulangeries, de jour comme de nuit. Le 12 août, à 3 heures du matin, Kifa Samra, une fillette de 13 ans et son frère Zakarya, 11 ans, ainsi qu'une voisine mère de 11 enfants, ont été tués alors qu'ils attendaient le pain, près de chez eux.

« Les civils font face tous les jours à des frappes aériennes et à des tirs d'artillerie lancés par les forces gouvernementales dans différents secteurs de la ville. Pour beaucoup d'entre eux, il n'y a aucun lieu sûr et les familles vivent dans la peur de la prochaine attaque », a ajouté Donatella Rovera.

Les dangers inhérents à la guerre urbaine sont accrus du fait d'un mépris manifeste à l'égard de la sécurité des civils.

« Alors que le nombre de victimes civiles ne cesse d'augmenter, il est impératif que toutes les parties en présence – forces gouvernementales et de l'opposition – respectent le droit international humanitaire qui exige qu'elles prennent toutes les précautions possibles pour épargner les civils, a déclaré la chercheuse.

« Les responsables des attaques menées sans discrimination contre les civils et d'autres crimes de guerre doivent s'attendre à devoir rendre des comptes. »

La très grande majorité des victimes ont été tuées lors des frappes et tirs lancés par les forces gouvernementales. Dans certains cas, cependant, le point de lancement de l'attaque n'a pas pu être établi.

Les combattants de l'opposition utilisent essentiellement des armes légères à faible portée mais aussi, parfois, des armes frappant sans discrimination (mortiers et roquettes artisanales) et mettant en danger la population civile.

Un autre fait extrêmement troublant que mentionne le rapport est la forte augmentation du nombre d'exécutions extrajudiciaires et sommaires, par les forces gouvernementales, de civils non impliqués dans les combats. De nombreux corps ont été retrouvés dans les terrains jouxtant le siège du service de renseignement de l'armée de l'air, qui est totalement contrôlé par les forces gouvernementales. Il s'agissait essentiellement d'hommes jeunes, en général menottés, qui avaient été tués d'une balle dans la tête.

Avec la poursuite du conflit, les préoccupations suscitées par la multiplication des atteintes aux droits humains augmentent. On a notamment constaté de nombreux cas d'homicides illégaux et de mauvais traitements infligés à des prisonniers par des combattants appartenant à une multitude de groupes armés de l'opposition, dont l'Armée syrienne libre (ASL), qui opèrent dans la ville.

À de nombreuses reprises Amnesty International a prié la direction de l'ASL de faire cesser immédiatement ces atteintes aux droits humains et de veiller à ce que celles qui ont été commises, ainsi que tous les homicides de personnes capturées, fassent l'objet d'enquêtes impartiales.

« C'est une honte que la communauté internationale soit toujours divisée sur la Syrie et ne tienne pas compte de toutes les preuves existantes sur l'ampleur et la gravité des atteintes aux droits fondamentaux commises dans le pays. C'est une honte qu'elle détourne les yeux, alors que les civils sont frappés de plein fouet. »

Thème

Conflit armé 
Groupes armés 
Crimes contre l'humanité et crimes de guerre 
Crise Moyen-Orient et Afrique du Nord 

Pays

Syrie 

Région ou pays

Moyen-Orient et Afrique du Nord 

Suivre #eyesonsyria @amnestyonline sur Twitter

Nouvelles

29 janvier 2015

Le conflit au Nigeria a coûté la vie à des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants, dont beaucoup ont été victimes de Boko Haram. Voici ce qu’il faut savoir sur ce groupe... Pour en savoir plus »

12 janvier 2015

Un nouveau rapport d’Amnesty International décrit le manque tragique de progrès réalisés dans la reconstruction du pays depuis le tremblement de terre de 2010, il y a cinq ans... Pour en savoir plus »

26 janvier 2015

Dans un lieu de détention secret de la province de Laguna, située au sud de la capitale Manille, la Commission a découvert une roue multicolore, inspirée de la Roue de la... Pour en savoir plus »

16 janvier 2015

Au moins 69 arrestations se sont succédé en France cette semaine, les prévenus comparaissant pour « apologie du terrorisme », infraction dont la définition reste vague. Le... Pour en savoir plus »

12 décembre 2014

L’avocat Mohammed al Roken a été condamné à 10 ans d’emprisonnement en juillet 2013 à la suite d’une vague de répression contre les militants politiques et les... Pour en savoir plus »