Rapport 2013
La situation des droits humains dans le monde

14 février 2013

L'absence de certains droits dans les politiques sur la santé sexuelle et reproductive dans le monde tue les femmes en silence

L'absence de certains droits dans les politiques sur la santé sexuelle et reproductive dans le monde tue les femmes en silence
Les déficiences de services de santé et d'informations ont souvent des conséquences catastrophiques sur la vie des femmes et des jeunes filles.

Les déficiences de services de santé et d'informations ont souvent des conséquences catastrophiques sur la vie des femmes et des jeunes filles.

© Anna Kari


La triste réalité est que nombre de décès et de lésions liés à la grossesse et à l'accouchement peuvent être évités.
Source: 
Marianne Mollmann, conseillère en politique d'Amnesty International.

Latifah, une adolescente de 14 ans vivant en Indonésie, a été accusée d'adultère par la police locale lorsqu'elle s'est présentée au poste pour indiquer qu'elle avait été violée.

Louisa, une jeune femme du Burkina Faso, a été insultée et giflée lors de son accouchement dans un hôpital local.

Marta, une employée de maison de 30 ans habitant en Indonésie, s'est vu refuser des contraceptifs dans un centre de santé de Jakarta, parce qu'elle n'avait pas encore eu d'enfants.

Elena, une fillette de 10 ans violée par un prêtre au Nicaragua, a subi des pressions destinées à l'empêcher de porter plainte et à garder le silence avant que son agresseur ne soit finalement poursuivi en justice et condamné à 30 ans d'emprisonnement.

Le nom de ces femmes a été modifié. Toutefois, leur histoire témoigne des conséquences de la discrimination profonde dont sont victimes des millions de femmes et de filles dans le monde entier, simplement en raison de leur genre.

Selon des organisations de défense des droits humains, dont Amnesty International, les répercussions sont souvent catastrophiques lorsque les femmes et les filles n'ont pas accès à de bons services de santé ni aux informations appropriées. Dans de nombreux pays, l'absence d'autonomie et de pouvoir décisionnel des femmes et des filles constitue généralement un autre handicap.

Les Nations unies ont récemment indiqué que 800 femmes mouraient chaque jour durant la grossesse ou l'accouchement et qu'à chacun de ces décès venaient s'ajouter 20 autres femmes qui souffraient toute leur vie des suites d'une lésion, d'une infection, d'une maladie ou d'un handicap résultant de la grossesse, de l'accouchement ou d'un avortement pratiqué dans de mauvaises conditions.

« De l'Indonésie au Pérou en passant par la Sierra Leone et les États-Unis, plusieurs millions de femmes et de filles paient de leur vie des politiques de santé inefficaces, des soins inadaptés et des lois discriminatoires. Elles sont nombreuses à subir des discriminations et des violences au sein de leur communauté et de leur famille, et n'ont que très peu d'espoir d'obtenir justice ou de bénéficier d'un quelconque soutien de la part des gouvernements », a déclaré Marianne Mollmann, conseillère en politique d'Amnesty International.

Le coût de la discrimination

Dans de nombreux pays, il est quasiment impossible pour les femmes et les filles d'avoir accès à des informations et des services de base dans le domaine de la santé sexuelle et reproductive.

Cette situation s'explique parfois par le refus des États d'accorder la priorité à ce domaine ou d'investir des ressources dans celui-ci. Lorsque des services de santé sont disponibles, ils sont généralement concentrés dans les zones les plus riches et sont de fait inaccessibles pour de nombreuses femmes qui habitent trop loin ou ne peuvent supporter le coût du voyage.

Amnesty International a constaté que, même lorsque les femmes parviennent à se rendre dans les centres de santé, celles qui sont pauvres sont parfois maltraitées par le personnel qui ne comprend pas leurs besoins, voire ne parle même pas leur langue.

Aux États-Unis par exemple, un grand nombre de migrantes ont raconté qu'on avait refusé de les prendre en charge dans les centres de santé juste avant qu'elles n'accouchent, car elles n'avaient pas suffisamment d'argent pour payer les soins.

« Chaque année, a expliqué Marianne Mollmann, plusieurs millions de femmes et de filles sont en butte à des obstacles quasi insurmontables pour bénéficier des soins de santé les plus élémentaires, en particulier dans le domaine de la santé sexuelle et reproductive. Elles se voient systématiquement refuser l'accès à des informations, des contraceptifs, des services d'obstétrique d'urgence et même à des traitements lorsque des soins de mauvaise qualité leur ont été prodigués.

« La triste réalité est que nombre de décès et de lésions liés à la grossesse et à l'accouchement peuvent être évités. »

Une information insuffisante

Amnesty International a enquêté sur la disponibilité et la qualité de l'accès aux soins dans plus d'une dizaine de pays et a constaté que l'une des principales causes de la mortalité chez les femmes est l'absence d'informations sur les services de santé à leur disposition.

En Indonésie par exemple, les femmes que l'organisation a rencontrées ont expliqué qu'elles n'étaient pas suffisamment informées au sujet de leur droit d'obtenir des contraceptifs.

Ce manque d'informations associé à un accès limité à l'avortement signifie que de nombreuses jeunes femmes n'ont d'autre choix que de poursuivre une grossesse non désirée ou de recourir à un avortement clandestin, pratiqué généralement dans des conditions dangereuses.

Selon les estimations des Nations unies, sur les quelque 19 millions d'avortements dangereux pratiqués chaque année dans les pays en voie de développement, 2,5 millions le sont sur des adolescentes, et les filles de 10 à 19 ans représentent 70 % des hospitalisations suite à un avortement dangereux.

En 2011, l'ONUSIDA a indiqué que seuls 34 % des jeunes dans les pays en voie de développement étaient capables de répondre correctement à cinq questions de base sur le VIH et sur les moyens de prévention. Les jeunes représentent actuellement 41 % des nouveaux cas d'infection par le VIH.

Un plan mondial

En 1994, lors d'une conférence sans précédent organisée au Caire, les dirigeants de 179 États ont réaffirmé le droit des femmes et des filles de faire des choix dans le domaine de la sexualité, de la grossesse et de la maternité, et se sont engagés à placer l'autonomisation des femmes au cœur des politiques relatives à la population et au développement.

Lors de la Conférence internationale sur la population et le développement, les responsables mondiaux ont également adopté un Programme d'action visant à faire évoluer la manière dont les politiques et programmes dans ce domaine sont conçus et mis en œuvre.

L'objectif recherché était de veiller à ce que le respect des droits sexuels et reproductifs, y compris la lutte contre les discriminations subies par les femmes dans l'accès aux soins de santé, soit traité en priorité dans toute politique démographique adoptée par les pays dans le monde entier.

Le Programme incluait des mesures axées sur la réduction de la mortalité maternelle et infantile ; la population et l'environnement ; les migrations internes et internationales ; la prévention du VIH/sida et le contrôle de l'épidémie ; l'information, l'éducation et la communication ; la technologie, la recherche et le développement.

Amnesty International estime que des initiatives importantes ont été prises depuis la conférence du Caire pour concrétiser les engagements pris. Toutefois, la situation n'évolue que lentement et, dans certains domaines comme la santé sexuelle et reproductive, les progrès enregistrés ont été pour le moins limités.

« Les investissements dans les soins prénatals notamment ont augmenté au cours de ces dernières décennies. Ils se sont traduits par des améliorations nécessaires dans la prise en charge des nourrissons, mais ne permettent guère de lutter contre les inégalités sous-jacentes d'accès à l'information et aux soins, a fait remarquer Marianne Mollmann.

« Les femmes rencontrent de toute évidence des problèmes qui ne sont pas liés à l'accouchement. Le fait est que les gouvernements sont peu enclins à combattre la discrimination et à accorder des réparations aux victimes de violations. »

L'avenir des droits des femmes

Les représentants des États membres des Nations unies se réuniront de nouveau en 2014 pour évaluer les progrès accomplis depuis l'adoption du Programme d'action il y a de cela deux décennies au Caire. Ils examineront en particulier les efforts déployés par les pays pour mettre en œuvre leurs engagements.

« Nous espérons que cet examen permettra de faire bouger les choses. Nos revendications sont simples, a expliqué Marianne Mollmann, tout le monde doit pouvoir prendre des décisions indépendantes et éclairées au sujet de sa santé, de son corps et de sa vie, et ne pas subir de violences.

« Pour que cela soit possible il faut, au minimum, un accès pour tous à une éducation sexuelle complète. »

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