Rapport 2013
La situation des droits humains dans le monde

12 février 2013

L'interdiction visant YouTube en Égypte est un revers pour la liberté d'expression

L'interdiction visant YouTube en Égypte est un revers pour la liberté d'expression
La bande annonce du film intitulé Innocence of Muslims a déclenché des manifestations meurtrières à travers l'Égypte.

La bande annonce du film intitulé Innocence of Muslims a déclenché des manifestations meurtrières à travers l'Égypte.

© AFP/Getty Images


Cette décision est une attaque manifeste contre la liberté d'expression, et a des ramifications profondes dans ce pays où les militants utilisent beaucoup YouTube afin de dénoncer des violations des droits humains dans le pays.
Source: 
Hassiba Hadj Sahraoui, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d'Amnesty International

L'interdiction temporaire frappant YouTube en Égypte en raison d'une vidéo considérée comme insultante à l'égard de l'islam est un recul sur le terrain de la liberté d'expression, a déclaré Amnesty International.

Un tribunal du Caire a ordonné un blocage du site de partage de vidéos pour 30 jours à la suite de la diffusion de la vidéo controversée intitulée Innocence of Muslims, qui a déclenché des manifestations à travers le monde musulman en septembre.

La décision rendue samedi 9 février affirme que « bénéficier de la liberté d'opinion ne [doit] pas revenir à attaquer les convictions d'autrui ».

« Cette décision est une attaque manifeste contre la liberté d'expression, et a des ramifications profondes dans ce pays où les militants utilisent beaucoup YouTube afin de dénoncer des violations des droits humains dans le pays », a expliqué Hassiba Hadj Sahraoui, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d'Amnesty International.

« Critiquer les religions et les convictions personnelles est une part essentielle de la liberté d'expression – que les opinions exprimées soient insultantes et intolérantes ou non. »

Le tribunal administratif du Caire a déclaré qu'il doit y avoir un équilibre entre la liberté d'expression, « les intérêts et aspirations de la société, et la protection des valeurs et traditions de celle-ci ».

Il a ajouté que la liberté d'opinion ne devait pas « heurter la sensibilité, ni susciter le ressentiment des fidèles d'autres religions, en particulier les religions du livre », et que les médias doivent s'abstenir de « calomnier » les figures religieuses.

Les raisons invoquées par le tribunal pour bloquer YouTube vont à l'encontre du droit international relatif aux droits humains, qui protège la liberté d'expression, y compris l'expression d'idées qui sont choquantes.

« Critiquer les religions et autres convictions et idées est une composante essentielle du droit à la liberté d'expression », a poursuivi Hassiba Hadj Sahraoui.

« Ces critiques, insultes ou moqueries n'interfèrent pas avec la liberté de culte des croyants, même s'ils les trouvent choquantes. »

Le tribunal a également ordonné l'interdiction d'autres sites Internet ayant diffusé le film incriminé.

Une organisation non gouvernementale de défense des droits humains s'étant opposée à cette décision de justice, l'Association pour la liberté d'opinion et d'expression, prévoit de former un recours.

« Compte tenu des difficultés techniques et financières inhérentes à l'application de cette décision, il sera probablement impossible de la mettre en pratique », a ajouté Hassiba Hadj Sahraoui.

« Elle accroît cependant les craintes relatives à l'imposition de restrictions à la liberté d'expression pour diffamation des religions. »

Cette décision survient alors que le nombre de personnes poursuivies pour blasphème augmente en Égypte.

Le mois dernier, un tribunal du Caire a confirmé la condamnation à trois ans de prison prononcée contre Alber Saber pour « diffamation à l'égard de la religion » après qu'il ait rendues publiques des vidéos considérées comme choquantes, notamment Innocence of Muslims.

La Constitution égyptienne protège la liberté d'expression mais fixe des limites à celle-ci, notamment concernant les insultes et la diffamation à l'égard de la religion et des personnes.

Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, auquel l'Égypte est partie, protège l'expression des idées, y compris lorsque celles-ci sont considérées comme choquantes ou insultantes.

Pays

Égypte 

Région ou pays

Moyen-Orient et Afrique du Nord 

Thème

Liberté d'expression 

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