Les violences et les atteintes aux droits humains liées au conflit se sont accrues dans tout le pays, y compris dans le nord et l’ouest, régions considérées jusqu’alors comme relativement sûres. Le Bureau de la sécurité des ONG en Afghanistan (ANSO), qui fournit des conseils à des organisations sur les conditions de sécurité dans ce pays, a recensé 2 428 civils tués au cours de l’année en raison du conflit, la majorité par les talibans et d’autres groupes opposés au gouvernement. Le nombre de civils assassinés et exécutés par les talibans pour « soutien » au gouvernement ou « espionnage » pour le compte des forces internationales a considérablement augmenté. Les violences perpétrées par les insurgés se sont intensifiées et ont entraîné des atteintes massives aux droits humains. Vu l’escalade du conflit et les carences du système judiciaire national, Amnesty International a appelé la Cour pénale internationale (CPI) à enquêter sur les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité commis dans le pays. La communauté internationale évoquait de plus en plus souvent le retrait de ses troupes du pays. La population afghane continuait de perdre confiance dans la capacité du gouvernement et des forces internationales à instaurer l’état de droit et à fournir des services sociaux essentiels. Dans la plupart des régions rurales, et tout particulièrement dans le sud et le sud-est du pays, où le conflit était le plus intense, la population n’avait pas accès aux soins médicaux, à l’éducation ou à l’aide humanitaire.
Les élections législatives organisées le 18 septembre ont été marquées par quelque 6 000 allégations d’irrégularités, de fraude, d’attaques contre des candidats ainsi que d’agressions et de manœuvres d’intimidation des talibans visant des électeurs, des agents électoraux et des candidats.
À la suite de la conférence internationale sur l’Afghanistan organisée le 28 janvier à Londres (Royaume-Uni) et de la jirga (assemblée) consultative nationale de paix tenue à Kaboul du 2 au 4 juin, le président Karzaï a créé, en septembre, un Haut Conseil pour la paix chargé d’entamer des négociations avec les groupes insurgés. Des personnalités que beaucoup soupçonnaient d’implication dans des atteintes aux droits humains et des crimes de guerre figuraient au nombre des 68 membres de ce Conseil. Seules 10 femmes ont été désignées pour y siéger malgré de fortes pressions au niveau national et international en faveur d’une représentation satisfaisante des femmes au sein des équipes et des forums de négociation.
Des groupes de la société civile afghane, et particulièrement des groupes de femmes, de victimes de guerre et de personnes qui avaient souffert des agissements des talibans, ont demandé au gouvernement de veiller à ce que la protection et la promotion des droits humains ne soient pas sacrifiées dans le but de faciliter les négociations avec les talibans et d’autres groupes insurgés.
La loi sur la réconciliation nationale et la stabilité, qui a été officiellement promulguée, accordait l’immunité judiciaire aux personnes ayant perpétré de graves atteintes aux droits humains et des crimes de guerre au cours des 30 dernières années. Adopté en mars 2007, le texte n’a été rendu public et promulgué qu’au début de l’année.
Neuf millions d’Afghans, soit plus de 30 % de la population, disposaient de moins de 25 dollars des États-Unis par mois et n’étaient pas en mesure de subvenir à leurs besoins essentiels. Selon le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF), le taux de mortalité maternelle – 1 800 pour 100 000 naissances vivantes – restait le deuxième du monde. On estimait à plus de 500 000 le nombre de femmes afghanes qui mouraient chaque année en couches ou des suites d’accouchement.
Haut de la pageLes talibans et d’autres groupes armés – dont certains étaient opposés au gouvernement et d’autres lui étaient officiellement alliés – ont commis des atteintes aux droits humains et des violations flagrantes du droit international humanitaire. Ils ont pris des civils pour cible et ont commis des enlèvements, des attaques sans discrimination et des homicides illégaux. Selon l’ANSO, les talibans et d’autres groupes armés opposés au gouvernement se sont rendus responsables de la mort de 2 027 personnes, soit une augmentation de plus de 25 % par rapport à l’année 2009. Le nombre de civils assassinés ou exécutés par des groupes armés, y compris des enfants exécutés en public, a augmenté de plus de 95 %. Les victimes étaient accusées de « soutien » au gouvernement ou d’« espionnage » pour le compte des forces internationales.
Selon les chiffres de l’ANSO, 401 civils ont été tués par les forces internationales et afghanes, soit 14 % de moins qu’en 2009. À l’origine de 53 % des pertes civiles imputables aux forces internationales et afghanes, les raids aériens restaient les opérations les plus meurtrières. Trente-sept pour cent des décès ont été recensés au cours d’opérations terrestres, dont des raids nocturnes.
La Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS) a émis des directives tactiques en mai et en août en vue de limiter les conséquences du conflit pour les civils. Les premières visaient à réglementer les raids nocturnes et les secondes concernaient les frappes aériennes et les tirs sans discrimination sur des zones d’habitation. Le nombre de raids nocturnes a toutefois augmenté, particulièrement dans l’est et le sud du pays ; ils ont souvent entraîné la mort de civils.
Ni la justice afghane ni les gouvernements participant à la FIAS n’ont démontré la capacité ou la volonté d’amener les responsables de violations imputables aux forces progouvernementales à rendre compte de leurs actes. Les victimes de ces violations sont, pareillement, restées sans réparations.
Haut de la pageLes journalistes afghans ont continué de rendre compte de manière critique de certains événements, ce qui les exposait au harcèlement, aux violences et à la censure. Les autorités afghanes, et particulièrement la Direction nationale de la sécurité (DNS, le service du renseignement), ont arrêté des journalistes de manière arbitraire. Le bureau du procureur général a fermé illégalement des stations de radio et censuré d’autres médias. L’un des motifs les plus courants pour justifier ces restrictions était l’accusation vague et non définie de contenu contraire aux principes de l’islam.
Cette année encore, les talibans et d’autres groupes opposés au gouvernement ont pris des journalistes pour cible et les ont pratiquement empêchés d’exercer leur profession dans les zones qu’ils contrôlaient.
Les personnes qui se convertissaient à d’autres religions que l’islam faisaient l’objet de poursuites pénales. Trois Afghans qui s’étaient convertis au christianisme ont été arrêtés et détenus par la DNS. Des ONG confessionnelles accusées de prosélytisme ont été contraintes de suspendre temporairement leurs activités.
Les femmes et les filles continuaient d’être victimes d’une discrimination généralisée et de violences au sein de la famille et dans l’espace public. La Commission indépendante des droits de l’homme en Afghanistan a recensé 1861 cas de violences faites aux femmes mais le chiffre réel est peut-être plus élevé.
Les talibans et d’autres groupes armés ont multiplié les attaques contre des femmes, notamment celles engagées en politique, y compris des candidates aux élections législatives.
Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), 102 658 Afghans ont été contraints de quitter leur foyer en 2010 à cause du conflit armé, ce qui portait à 351 907 le nombre de personnes déplacées.
D’après le HCR, 2,3 millions d’Afghans étaient toujours réfugiés à l’étranger, la majorité d’entre eux en Iran et au Pakistan voisins. Le nombre de réfugiés décidant de rentrer en Afghanistan était en baisse, en raison de l’insécurité croissante, du manque d’infrastructures, de la rareté des emplois et de la carence de services essentiels, notamment l’éducation et la santé. La plupart des personnes déplacées qui vivaient dans des logements de fortune dans les zones urbaines n’avaient pas accès aux services de base et risquaient d’être expulsées.
Haut de la pageLa plupart des Afghans n’avaient toujours pas accès aux institutions judiciaires officielles. La corruption, l’inefficacité et le coût élevé de la justice amenaient de nombreux citoyens à se tourner vers les mécanismes traditionnels de règlement des conflits et à demander « justice » aux tribunaux des talibans, qui fonctionnaient sans les garanties les plus élémentaires des droits de la défense et d’autorité de la loi, infligeaient des peines brutales et exerçaient une discrimination généralisée envers les femmes.
Le gouvernement a déployé des efforts pour porter le nombre de policiers de 96 800 à 109 000 au cours de l’année et améliorer le fonctionnement des forces de l’ordre au niveau des districts. La police faisait toutefois l’objet de multiples accusations d’implication dans des activités illégales – contrebande, enlèvements et extorsion aux postes de contrôle, notamment.
En l’absence d’un système de justice susceptible d’amener les parties au conflit à rendre compte de leurs actes, Amnesty International a exhorté le gouvernement afghan à demander à la CPI d’enquêter sur les allégations de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité commis par tous les acteurs.
Haut de la pageAu moins 100 personnes ont été condamnées à mort, ont vu leur sentence confirmée par la Cour suprême, et attendaient que le président Hamid Karzaï se prononce sur leurs demandes de grâce. Le 24 octobre, le président a ordonné au pouvoir judiciaire de réexaminer le cas de tous les condamnés à mort.
Haut de la page