De très nombreux militants antigouvernementaux ont été arrêtés. Vingt-cinq membres éminents de l’opposition accusés de complot en vue de renverser le gouvernement ont été jugés, deux d’entre eux par contumace. Les 23 hommes qui ont comparu n’ont pas été autorisés à consulter un avocat après leur arrestation et certains se sont plaints d’avoir été torturés. D’autres procès inéquitables se sont déroulés au cours de l’année. Les autorités ont restreint la liberté d’expression, notamment en bloquant des sites Internet et des lettres d’information politiques. Le gouvernement a suspendu le comité directeur d’une organisation indépendante de défense des droits humains. Une exécution a été signalée.
Le roi a nommé en avril les 23 membres du conseil de l’Institution nationale des droits humains mise en place en novembre 2009. Le président de ce conseil a cependant démissionné en septembre en raison de désaccords entre les membres quant à la manière dont l’Institution devait réagir aux arrestations politiques.
Des manifestations sporadiques ont eu lieu tout au long de l’année dans des villages à majorité chiite pour protester contre la discrimination dont les membres de cette communauté s’estimaient victimes dans le domaine du logement et de l’emploi. Dans certains cas, les manifestants ont bloqué les routes en brûlant des pneus et lancé des cocktails Molotov en direction de la police et des forces de sécurité. Plusieurs centaines de personnes ont été interpellées, tout particulièrement en août et en septembre, à la suite de manifestations et d’émeutes ; parmi elles figuraient de nombreuses personnalités de l’opposition, appartenant pour la plupart à la communauté chiite, majoritaire dans le pays. Beaucoup auraient été appréhendées sans mandat et maintenues au secret, dans certains cas deux semaines durant, après leur arrestation.
Les islamistes chiites et indépendants ont remporté la majorité des sièges lors des élections législatives d’octobre.
Haut de la pageLes procès des personnes arrêtées à la suite des manifestations ont débuté ; certains ont été entachés par des allégations de torture et l’impossibilité pour les accusés de consulter un avocat, entre autres atteintes à leurs droits fondamentaux.
Des personnes accusées de meurtre et d’incendie de voitures, de pneus et d’autres biens commis les années précédentes lors de manifestations antigouvernementales et d’émeutes ont également été jugées. Certaines ont affirmé qu’on les avait torturées ou maltraitées pour les contraindre à passer des « aveux ».
D’autres cas de torture ont été signalés.
Les forces de sécurité auraient en plusieurs occasions tiré des coups de feu en direction de manifestants et d’autres personnes. En octobre, le ministre de l’Intérieur a déclaré à des représentants d’Amnesty International qu’elles s’étaient efforcées de contenir les manifestations et les violences sans faire un usage excessif de la force et que personne n’avait été blessé lors de leurs interventions.
Les détracteurs de la monarchie et du gouvernement ont été avertis qu’ils seraient poursuivis aux termes de la Loi de 2002 relative à la presse et aux publications, qui punit de peines d’emprisonnement les critiques à l’égard du roi et l’« incitation à la haine envers le régime ». Aucune poursuite n’a toutefois été signalée.
Le gouvernement a lancé une nouvelle vague de répression de la dissidence après l’arrestation des 23 militants de l’opposition. Le 28 août, le procureur a invoqué l’article 246 du Code pénal pour interdire aux médias, entre autres, de diffuser des informations à propos des arrestations. Il a déclaré que les contrevenants seraient passibles d’une peine d’un an d’emprisonnement. Bien qu’aucune procédure pénale n’ait été signalée, le gouvernement a prononcé des mesures d’interdiction contre plusieurs publications et blogs. Parmi eux figurait le forum BahreinOnline, fermé parce que considéré comme incitant à la haine et à la violence, selon une déclaration faite en octobre par le directeur de l’Agence nationale de l’information. Cet homme a ajouté que d’autres sites Internet avaient été bloqués parce qu’ils avaient publié des informations contraires à la loi bahreïnite, et que des lettres d’information d’organisations politiques avaient été interdites car elles avaient été diffusées à la population alors que la loi n’autorise leur distribution qu’aux membres de ces groupes.
Haut de la pageEn septembre, le gouvernement a suspendu le comité directeur de l’Association bahreïnite des droits humains (BHRS, organisme indépendant), l’accusant d’« irrégularités juridiques et administratives » et de coopération avec des « organisations illégales ». Peu de temps auparavant, cette organisation avait publié sur son site Internet les allégations de torture formulées par les 23 militants chiites détenus. Le gouvernement a désigné un administrateur temporaire, ce qui remettait gravement en cause l’indépendance de l’association.
Plusieurs défenseurs des droits humains ont été empêchés de se rendre à l’étranger, bien que le gouvernement ait nié leur avoir interdit de quitter le pays.
Les travailleurs étrangers, et tout particulièrement les employés de maison, continuaient d’être exploités et maltraités, en dépit de la révision en 2009 du système de parrainage (kafala), qui autorise désormais les étrangers à changer d’emploi sans obtenir l’autorisation de leur employeur. Amnesty International a eu connaissance de plusieurs cas dans lesquels des patrons ont confisqué le passeport d’employés de maison étrangers pour les empêcher de chercher un autre travail. Un certain nombre de travailleurs migrants se seraient suicidés à cause de la dureté de leurs conditions de vie et de travail. La loi bahreïnite ne protège pas suffisamment les employés de maison étrangers ; elle ne contient par exemple aucune disposition prévoyant un salaire ou un repos minimum.
Haut de la pageUne personne au moins a été condamnée à mort ; un homme a été exécuté. Comme au cours des 10 années précédentes, seuls des étrangers ont été condamnés à mort.
En décembre, Bahreïn s’est abstenu lors du vote d’une résolution de l’Assemblée générale des Nations unies en faveur d’un moratoire mondial sur les exécutions.
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