Malgré la normalisation des relations avec le Soudan et la signature d’accords de paix avec les dirigeants de certains groupes armés, la situation politique demeurait tendue, en particulier dans l’est du pays. Des affrontements interethniques ont éclaté et des violations des droits humains ont été commises dans une impunité quasi totale. Des membres de la population civile et des employés d’organisations humanitaires ont été enlevés ou tués ; des femmes et des jeunes filles ont été victimes de viol ou d’autres formes de violence et des enfants ont été enrôlés comme soldats ou enlevés contre rançon. Des journalistes et des défenseurs des droits humains ont été exposés à des mesures d’intimidation et de harcèlement. Les expulsions forcées se sont poursuivies. La Mission des Nations unies en République centrafricaine et au Tchad (MINURCAT) s’est retirée du pays le 31 décembre.
En janvier, le gouvernement a demandé au Conseil de sécurité des Nations unies de retirer la MINURCAT. Les points de référence devant servir à évaluer les résultats de cette mission de l’ONU n’avaient alors pas encore été établis. Le 25 mai, sous la pression du Tchad, le Conseil de sécurité a décidé de mettre un terme à la MINURCAT à la date du 31 décembre 2010. Le gouvernement tchadien a déclaré qu’il assumerait l’entière responsabilité de la protection des civils sur son territoire. En octobre, le Tchad a présenté un plan de protection – qui s’articulait autour du Détachement intégré de sécurité (DIS) – et sollicité une aide financière.
Le 15 janvier, le Tchad et le Soudan ont signé un accord visant à normaliser leurs relations et à refuser aux groupes armés la possibilité d’utiliser leurs territoires respectifs. Fermée depuis 2003, la frontière avec le Soudan a été rouverte en avril. En mars, afin de lutter contre les activités criminelles et les groupes armés, le Tchad et le Soudan ont déployé une force conjointe de surveillance des frontières. En mai, Khalil Ibrahim, chef du Mouvement pour la justice et l’égalité (MJE), un groupe armé soudanais, n’a pas été autorisé à pénétrer sur le territoire tchadien, bien que ses forces soient installées dans ce pays depuis des années. En juillet, le président soudanais Omar el Béchir s’est rendu au Tchad pour assister à un sommet alors que la Cour pénale internationale avait décerné un mandat d’arrêt à son encontre. Omar el Béchir a par ailleurs demandé à Timane Erdimi, Mahamat Nouri et Adouma Hassaballah, trois chefs de groupes armés tchadiens, de quitter le Soudan.
Le recensement électoral a commencé en mai. En octobre, le président Idriss Déby a annoncé que les élections locales et législatives, prévues pour novembre, étaient reportées et auraient finalement lieu en même temps que l’élection présidentielle, en 2011.
La plupart des recommandations formulées par la commission d’enquête qui s’était penchée sur les événements survenus en février 2008 dans la capitale, N’Djamena, n’avaient toujours pas été mises en œuvre à la fin de 2010. De graves violations des droits humains avaient été commises au cours de ces affrontements ; on était notamment sans aucune nouvelle du dirigeant de l’opposition Ibni Oumar Mahamat Saleh.
Dans plusieurs régions du pays, quelque 150 000 personnes au moins ont dû quitter leur foyer à la suite de fortes pluies et d’inondations. Près de 68 000 Centrafricains étaient toujours réfugiés dans des camps situés dans le sud du Tchad.
Avec le soutien de la MINURCAT, les autorités tchadiennes ont tenu, en mars, une conférence nationale sur les droits humains mais la plupart des organisations locales de défense de ces droits ont refusé d’y participer. En juin, le gouvernement a organisé une conférence régionale sur les moyens de mettre fin au recrutement et à l’utilisation d’enfants soldats.
Haut de la pageLa situation en matière de sécurité demeurait précaire. Plus de 262 000 réfugiés soudanais du Darfour vivaient dans 12 camps de réfugiés et environ 180 000 Tchadiens étaient répartis sur 38 sites des-tinés aux personnes déplacées. À la suite d’affrontements au Darfour, au moins 5 000 nouveaux réfugiés sont arrivés en mai. D’après les Nations unies, 48 000 Tchadiens déplacés ont regagné leur village d’origine, principalement dans les régions de l’Ouaddaï et du Dar Sila. La plupart étaient réticents à rentrer en raison de l’insécurité régnant dans leurs villages, de la prolifération d’armes légères et du manque de services essentiels tels que l’eau, la santé et l’éducation.
Les atteintes aux droits humains se sont poursuivies : des femmes et des jeunes filles ont été violées, des enfants enrôlés comme soldats, des civils tués et des membres du personnel humanitaire enlevés. Des affrontements ont de nouveau eu lieu entre l’Armée nationale tchadienne (ANT) et des groupes armés. En avril, des combats ont opposé l’ANT et le Front populaire pour la renaissance nationale (FPRN, opposition) aux abords de Tissi et de For Djahaname, à la frontière du Darfour.
Les tensions étaient vives entre les groupes ethniques tchadiens.
Il était à craindre que le retrait intégral de la MINURCAT n’entraîne une dégradation supplémentaire de la situation humanitaire et du bilan en matière de droits humains. Les autorités tchadiennes ont retardé la mise en application des plans d’action présentés en octobre au Conseil de sécurité des Nations unies.
De graves actes de banditisme et des attaques armées contre des employés d’organisations humanitaires sont survenus dans l’est du Tchad, en particulier entre mai et juillet. De nombreux enlèvements, braquages de véhicules et vols ont été signalés.
Cette année encore, des femmes et des jeunes filles ont été victimes de viols et d’autres formes de violence perpétrés par des personnes de leur propre communauté ainsi que par des membres de groupes armés et des forces de sécurité. Dans la plupart des cas sur lesquels des renseignements ont été obtenus, les victimes étaient mineures et les auteurs présumés n’ont pas été punis.
Le recrutement d’enfants et leur enrôlement comme soldats par les forces et les groupes armés se sont poursuivis en toute impunité. Selon les chiffres présentés par les Nations unies en 2007, entre 7 000 et 10 000 enfants pourraient avoir été utilisés comme combattants ou associés à l’armée tchadienne ou à des groupes armés tchadiens ou soudanais. À la fin de 2010, moins de 10 % de ces enfants avaient officiellement été libérés par ces forces armées et ces groupes.
Des enfants qui vivaient dans des villages de l’est du Tchad, dans des camps de réfugiés et dans des sites pour personnes déplacées ont, de nouveau, été enrôlés par les forces de sécurité tchadiennes. Certains hauts gradés de l’ANT ont participé au recrutement de mineurs au cours de l’année.
Des éléments des forces de sécurité tchadiennes et des groupes armés soudanais et tchadiens ont été responsables d’homicides illégaux perpétrés en toute impunité dans un contexte d’insécurité permanent.
Les autorités ont, cette année encore, procédé à des arrestations et maintenu des gens arbitrairement en détention sans inculpation. Des personnes ont été détenues au secret, sans être autorisées à recevoir des visites, dans divers centres de détention, notamment celui de Korotoro.
Haut de la pageLes journalistes ont, de nouveau, été la cible d’actes d’intimidation et de harcèlement imputables à des représentants de l’État.
Le décret n° 5, émis par le président tchadien pendant l’état d’urgence (février-mars 2008) et restreignant la liberté d’expression, a été levé. Le gouvernement a adopté, en août, une loi relative aux médias. Ce nouveau texte prévoyait des peines de prison d’un à deux ans, des peines d’amende et une interdiction de publication pendant une période pouvant atteindre trois mois en cas d’incitation à la « haine tribale, ethnique ou religieuse » et d’encouragement de la violence.
Dans plusieurs quartiers de N’Djamena, des centaines de personnes ont été expulsées de force et leurs habitations détruites. Ces expulsions se faisaient en dehors de toute procédure régulière et sans que les intéressés aient été consultés ni avertis selon des modalités satisfaisantes. La plupart des familles ayant perdu leur foyer depuis le début de la campagne d’éviction, en février 2008, n’avaient bénéficié d’aucune solution de relogement ou autre forme d’indemnisation à la fin de 2010. Certaines personnes ont remporté les procès engagés contre les autorités mais, dans la plupart des cas, les décisions de justice n’étaient pas respectées.
Plusieurs dizaines d’enfants, dont certains n’avaient pas plus de 10 ans, ont été enlevés contre rançon. Certains ont été libérés après le versement de sommes importantes par leur famille. Pour d’autres, on ignorait tout de leur sort à la fin de l’année.
Le 27 juillet, une cour criminelle de N’Djamena a condamné Guidaoussou Tordinan à la peine capitale pour avoir abattu sa femme et blessé sa belle-mère, en novembre 2009. Aucune autre information n’était disponible sur l’application de la peine de mort ni sur le nombre de personnes sous le coup d’une sentence capitale.
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