Guinée équatoriale
Chef de l’État
Teodoro Obiang Nguema Mbasogo
Chef du gouvernement
Ignacio Milán Tang
Peine de mort
maintenue
Population
0,7 million
Espérance de vie
51,1 ans
Mortalité des moins de cinq ans
145,1 ‰
Taux d’alphabétisation des adultes
93,3 %

Les tensions politiques se sont accentuées tout au long de l’année et les autorités ont continué de museler l’opposition, harcelant, arrêtant et détenant pour de courtes durées des militants politiques. Le nombre d’arrestations a considérablement augmenté dans la période qui a précédé le sommet de l’Union africaine, en juin. En novembre, au moins 30 personnes qui, selon toute apparence, étaient retenues à titre d’otages, ont été remises en liberté après avoir jugées et acquittées par un tribunal militaire. Elles étaient détenues au secret depuis octobre 2010, sans inculpation ni jugement. Cinq prisonniers d’opinion et 17 prisonniers politiques ont été remis en liberté à la faveur d’une grâce présidentielle. La liberté d’expression et de réunion était toujours soumise à des restrictions, et des journalistes ont été détenus pendant de brèves périodes ou suspendus de leurs fonctions. Les réformes constitutionnelles accordant au président des pouvoirs plus étendus ont été approuvées par référendum en novembre.

Contexte

En janvier, le président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo a pris la présidence tournante de l’Union africaine (UA) ; en juin, il a accueilli le sommet de l’UA dans la capitale, Malabo. Ce même mois, il a signé la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance.

En septembre, la police française, qui enquêtait sur le détournement présumé par le président Obiang et sa famille des revenus pétroliers de la Guinée équatoriale, a saisi plusieurs voitures de luxe appartenant à son fils aîné, Teodoro Nguema Obiang, devant la résidence parisienne de ce dernier. Le même mois, un tribunal français a relaxé l’ONG française CCFD-Terre solidaire dans la plainte en diffamation déposée par le président équato-guinéen. Des poursuites avaient été engagées contre l’ONG à la suite d’un rapport qu’elle avait publié en 2009 sur les « biens mal acquis » du président Obiang et de sa famille.

En octobre, le ministère américain de la Justice a intenté une action devant un tribunal fédéral pour que soient confisqués des biens et d’autres actifs du fils du président Obiang aux États-Unis, au motif qu’ils auraient été obtenus par le pillage des ressources naturelles de la Guinée équatoriale et transférés sur le sol américain par des actes de corruption.

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Évolutions législatives, constitutionnelles ou institutionnelles

À la suite des mouvements massifs de contestation qui ont secoué l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, le président Obiang a annoncé en mars qu’il modifierait la Constitution dans le but d’élargir le cadre juridique d’exercice des libertés fondamentales et d’augmenter les occasions pour la population de participer à la vie politique du pays. En mai, il a instauré une commission chargée de rédiger les réformes et en a nommé les membres, notamment des représentants des partis politiques. Les deux seuls partis indépendants de Guinée équatoriale, Convergence pour la démocratie sociale (CPDS) et Union populaire (UP), ont refusé de participer à la commission, parce que leurs revendications – une amnistie générale et le retour en toute sécurité des exilés – n’avaient pas été satisfaites. Ils se sont élevés contre la désignation de représentants issus de leurs rangs par le président Obiang. En juillet, la Chambre des représentants du peuple a approuvé les propositions de réforme sans en débattre et, en octobre, le président Obiang a annoncé la date d’un référendum. Cependant, le texte des réformes proposées n’a pas été rendu public, et les partis politiques ne l’ont reçu que deux semaines avant la consultation populaire. Le 13 novembre, les votants se sont prononcés à 97,7 % en faveur des réformes. Le référendum s’est déroulé sur fond d’intimidation et de harcèlement des électeurs, des policiers et des soldats armés étant présents dans les bureaux de vote. À Bata, plusieurs représentants de partis politiques qui observaient le déroulement des opérations ont été expulsés des bureaux de vote ; certains ont été détenus pendant une courte période et battus. Les réformes ont encore renforcé les pouvoirs du président, y compris après la fin de son mandat. Elles limitaient certes à deux le nombre de mandats présidentiels consécutifs de sept années, mais supprimaient la limite d’âge des candidats à la présidence, fixée précédemment à 75 ans. En outre, elles instauraient un poste de vice-président, dont le titulaire, issu obligatoirement du parti au pouvoir, le Parti démocratique de Guinée équatoriale (PDGE), sera désigné par le président. Un Sénat et une Cour des comptes dont les membres seront nommés par le président, ainsi qu’un poste de médiateur, également nommé par le président, ont en outre été créés. La Constitution révisée n’avait pas été promulguée à la fin de l’année.

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Arrestations et détentions arbitraires

Des opposants politiques et une centaine d’étudiants ont été arrêtés et placés en détention pour de courtes durées, en amont du sommet de l’UA qui s’est tenu en juin. D’autres arrestations à motivations politiques ont eu lieu durant la période qui a précédé le référendum sur les réformes constitutionnelles, en novembre.

  • Deux membres de la CPDS, Juan Manuel Nguema Esono, enseignant, et Vicente Nze, médecin, ont été interpellés à Bata le 25 avril. Ils étaient soupçonnés d’avoir planifié une manifestation pour la Journée internationale des travailleurs et d’avoir collé des affiches à cette fin sur les murs de l’hôpital de Bata. Juan Manuel Nguema a d’abord été conduit au poste de police central de la ville puis, un peu plus tard dans la journée, a dû embarquer sur un vol pour Malabo, où il a été détenu au secret au poste de police central avant d’être relâché sans inculpation quatre jours plus tard. Vicente Nze a été arrêté lorsqu’il s’est rendu au poste de police de Bata pour s’enquérir de Juan Manuel Nguema. Il y a été maintenu au secret jusqu’à sa remise en liberté, le 29 avril. Les autorités avaient refusé d’indiquer où se trouvaient les deux hommes.
  • Marcial Abaga Barril, membre de premier plan de la CPDS et représentant du parti à la Commission électorale nationale, a été arrêté à son domicile par deux policiers en civil sans mandat, le 1er novembre. Il a été emmené au poste de police central de Malabo, où il a été maintenu en détention durant quatre jours avant d’être relâché sans inculpation. On lui a expliqué pendant sa détention que la police enquêtait sur l’homicide de l’un des cuisiniers du président Obiang. Cet homicide n’avait toutefois pas été signalé.
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Détention sans jugement

Au moins 30 personnes détenues au secret, sans inculpation, à la prison de Bata, ont été remises en liberté après avoir été acquittées par un tribunal militaire en novembre. Elles avaient été arrêtées en octobre 2010, après l’évasion de deux détenus politiques de la prison d’Evinayong. Six gardiens avaient également pris la fuite à cette occasion. Les personnes incarcérées étaient pour la plupart des proches et des amis des évadés ainsi que des personnes soupçonnées d’avoir facilité leur évasion. Plusieurs femmes et un bébé de six mois se trouvaient parmi elles. À la mi-novembre, contre toute attente, toutes ces personnes, qui avaient été inculpées d’avoir aidé les détenus à s’évader, ont été jugées par un tribunal militaire à Bata. Tous les civils et la plupart des militaires ont été acquittés et libérés ; environ six membres de l’armée et de la police ont été déclarés coupables et condamnés à des peines d’emprisonnement dont la durée n’a pas été divulguée. Si pratiquement tous les défendeurs ont été déclarés non coupables, le procès n’en a pas pour autant été conforme aux normes internationales d’équité.

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Liberté d’expression – journalistes

La liberté d’expression demeurait restreinte, la presse étant sous le contrôle strict de l’État. Les informations que les autorités considéraient défavorables ont été supprimées. En février, le gouvernement a ordonné aux journalistes de ne plus couvrir les événements en Afrique du Nord, au Moyen-Orient et en Côte d’Ivoire. Des journalistes ont été détenus pendant de courtes périodes ; d’autres, de nationalité étrangère, ont été expulsés du pays. L’ONG Reporters sans frontières (RSF) s’est vu refuser des visas d’entrée en Guinée équatoriale en avril, parce qu’elle avait employé des termes péjoratifs pour parler du président Obiang.

  • En mars, Juan Pedro Mendene, journaliste animant une émission diffusée en français sur la radio d’État, a été suspendu pour une durée indéterminée parce qu’il avait fait allusion à la Libye à l’antenne. Le secrétaire d’État en charge de l’information a fait irruption dans les studios de la radio et lui a ordonné de quitter les lieux. Alors qu’il partait, Juan Pedro Mendene a été frappé par le garde du corps du secrétaire d’État. Une semaine plus tard, le directeur de la radio a annoncé que les émissions radiophoniques en langue française étaient momentanément suspendues, sur ordre d’une autorité supérieure.
  • En juin, des policiers ont arrêté et détenu pendant cinq heures trois membres d’une équipe de la chaîne de télévision allemande ZDF, qui se trouvait en Guinée équatoriale pour tourner un documentaire sur l’équipe nationale de football féminin. Les reporters avaient également filmé des bidonvilles de Malabo et interviewé le dirigeant de la CPDS, parti d’opposition, ainsi qu’un avocat spécialiste des droits humains. Les autorités ont effacé les séquences sur les bidonvilles, indiquant qu’elles donnaient une image négative du pays. Elles ont par ailleurs affirmé que l’équipe n’était pas autorisée à interviewer des membres de l’opposition politique et ont confisqué les cartes mémoire où étaient enregistrées les interviews.
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Liberté de réunion

Bien qu’elle soit garantie par la Constitution équato-guinéenne, la liberté de réunion a cette année encore été réprimée.

  • À la suite des soulèvements populaires au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, le gouvernement a interdit en mars toutes les manifestations, y compris les célébrations officielles de la Journée internationale de la femme et les processions religieuses ; les forces de sécurité ont été déployées en nombre accru dans les rues pour veiller au respect de cette interdiction.
  • En mars, le gouvernement a rejeté la demande de l’UP qui souhaitait tenir un rassemblement en faveur de réformes politiques. La CPDS, qui avait demandé l’autorisation d’organiser une marche le 1er mai à l’occasion de la Journée internationale des travailleurs, s’est elle aussi vu opposer une réponse négative.
  • Les autorités ont perturbé des rassemblements organisés par la CPDS et l’UP en amont du référendum du 13 novembre pour protester contre les réformes constitutionnelles, et ont dispersé les participants.
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Prisonniers d’opinion – libérations

Cinq prisonniers d’opinion – Emiliano Esono Micha, Cruz Obiang Ebebere, Gumersindo Ramírez Faustino, Juan Ekomo Ndong et Gerardo Angüe –, qui purgeaient des peines de six ans d’emprisonnement depuis 2008 pour association illicite et détention présumée d’armes et de munitions, ont recouvré la liberté en juin à la faveur d’une grâce prononcée pour l’anniversaire du président Obiang. Dix-sept détenus politiques, qui étaient peut-être des prisonniers d’opinion et qui purgeaient de lourdes peines après avoir été déclarés coupables de tentative de renversement du gouvernement, ont également été graciés et remis en liberté. Ils ont tous dû signer un document dans lequel ils remerciaient le président Obiang de sa bienveillance et s’engageaient à ne pas commettre d’infractions semblables à celles faisant l’objet de la grâce.

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