Cette année encore, des agents de la force publique se sont rendus responsables de mauvais traitements et d’un recours excessif à la force. Des personnes étaient détenues dans des conditions inhumaines et dégradantes pour des motifs liés à leur statut migratoire. Des juridictions européennes ont conclu que la Grèce ne disposait pas d’un système d’asile efficace. Les agressions à caractère raciste se sont intensifiées.
La crise financière s’est poursuivie et le pays s’est davantage encore enfoncé dans la récession.
Une série de manifestations ont eu lieu en juin et en octobre alors que le Parlement s’apprêtait à voter un ensemble de mesures d’austérité. Entre les mois de mai et août, le mouvement des « Indignés » en Grèce a organisé des sit-in pacifiques sur les places principales d’Athènes et de Thessalonique pour dénoncer les mesures d’austérité.
Le 26 octobre, les responsables de la zone euro et le Fonds monétaire international (FMI) sont parvenus à un accord avec les banques et les autres créanciers de la Grèce pour qu’ils réduisent de 50 % la valeur nominale de leurs obligations grecques. À la suite de la démission du Premier ministre et d’intenses négociations entre les principaux partis politiques du pays, un gouvernement transitoire de coalition a été formé en novembre.
Top of pageLes informations recueillies ont de nouveau fait état de torture et d’autres mauvais traitements infligés dans des postes de police et des centres de détention pour migrants, au moment de l’arrestation ou durant la période d’enfermement.
Une loi promulguée en janvier visait à mettre en place un mécanisme de traitement des plaintes contre la police. On s’interrogeait toutefois sur l’indépendance de cet organe et sur l’efficacité de sa mission.
De nombreuses informations faisaient état de mauvais traitements infligés par la police lors de manifestations.
En avril, la police s’est retirée de la ville de Keratea, où des affrontements se poursuivaient depuis décembre 2010 entre les forces de l’ordre et des habitants qui protestaient contre la création d’une décharge publique. D’après les informations reçues, la police aurait fait un usage excessif de gaz lacrymogène et d’autres produits chimiques et aurait maltraité des habitants. Les autorités ont également signalé de nombreux cas de blessures chez les policiers.
Un nombre croissant d’allégations ont fait état d’un usage excessif de la force et du recours, notamment, à des substances chimiques lors des manifestations organisées au cours de l’année contre les mesures d’austérité. À plusieurs reprises, des manifestations qui se déroulaient de façon pacifique ont dégénéré lorsqu’une minorité d’émeutiers ont affronté les policiers. Des vidéos, des photos, des articles de presse et des témoignages ont attesté de l’usage répété d’une force excessive par les policiers lors des manifestations à Athènes les 15, 28 et 29 juin. Les forces de l’ordre ont, entre autres, largement utilisé des substances chimiques contre des manifestants pourtant majoritairement pacifiques. Le Bureau du procureur d’Athènes a ordonné l’ouverture d’une enquête pénale sur ces allégations.
Les conditions de vie dans les centres de détention pour migrants demeuraient inhumaines et dégradantes, en particulier dans la région d’Evros. Les demandeurs d’asile et les migrants en situation irrégulière, y compris les mineurs non accompagnés, étaient toujours détenus durant des périodes prolongées.
En mars, le Comité européen pour la prévention de la torture a pris une mesure exceptionnelle en condamnant publiquement le fait que la Grèce s’abstenait depuis plusieurs années d’améliorer les très mauvaises conditions de détention.
Une loi adoptée en janvier prévoyait la création d’une nouvelle autorité chargée de l’examen des demandes d’asile sans participation de la police. Cet organe devait être opérationnel en 2012. En attendant, le fait que la police demeurait l’unique autorité chargée des premières phases de l’examen des demandes de protection internationale constituait un motif de préoccupation.
Ce texte prévoyait également la création de « centres de premier accueil » où les étrangers arrêtés pour être « entrés illégalement » en Grèce pouvaient être détenus jusqu’à 25 jours. Cependant, entre autres choses, la nouvelle loi ne prévoyait pas de recours permettant aux personnes incarcérées dans ces centres de contester devant les tribunaux la légalité de leur détention.
Annoncé en janvier, le projet d’aménagement sur plus de 10 kilomètres d’une clôture le long de la frontière avec la Turquie, dans la région d’Evros, laissait craindre que les personnes en quête de protection internationale ne soient physiquement empêchées de se mettre en sécurité.
En septembre et en octobre, sept étrangers qui avaient exprimé leur volonté de demander l’asile auraient été renvoyés de force en Turquie au titre de l’accord de réadmission signé avec ce pays, en violation du principe de non-refoulement.
La longueur des délais pour le dépôt d’une demande d’asile à Athènes et à Thessalonique demeurait préoccupante.
À Athènes et à Thessalonique, 300 migrants ont entamé en février une grève de la faim pour protester contre leur statut de migrants illégaux et pour demander, notamment, leur régularisation. La grève s’est poursuivie durant 43 jours, entraînant l’hospitalisation de beaucoup d’entre eux. Elle a pris fin quand les autorités et les grévistes de la faim sont, semble-t-il, parvenus à un accord sur l’octroi de titres de séjour provisoires d’une durée de six mois, entre autres mesures.
Top of pageLes informations recueillies faisaient état de conditions de détention médiocres et d’une grave surpopulation dans de nombreuses prisons, y compris celles de La Canée et de Korydallos et la prison pour femmes de Thiva.
En octobre, la Cour européenne des droits de l’homme s’est prononcée contre la Grèce concernant la requête déposée en 2009 par 47 détenus de la prison d’Ioannina (affaire Taggatidis et autres c. Grèce) qui estimaient être soumis dans cet établissement à un traitement inhumain et dégradant du fait de leurs conditions de détention.
Top of pageDes policiers se seraient abstenus de protéger des ressortissants de pays tiers contre des agressions à caractère raciste.
En juin, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a fait état d’une dangereuse montée du phénomène des violences racistes visant des étrangers uniquement en raison de leur couleur de peau ou de leur pays d’origine. En mai et en juin, en particulier, après que deux migrants eurent été soupçonnés d’être impliqués dans le meurtre d’un homme qui se préparait à emmener son épouse à la maternité, dans certains quartiers d’Athènes des migrants, des réfugiés et des demandeurs d’asile auraient presque quotidiennement été agressés par des groupes d’extrême droite.
Les conditions de vie dans de nombreux camps roms du pays demeuraient préoccupantes. Dans le village d’Examilia (municipalité de Corinthe), quelque 800 Roms n’avaient accès, semble-t-il, ni à l’eau potable, ni à un réseau d’assainissement, ni à l’électricité et vivaient dans des conditions sanitaires déplorables.
D’après l’ONG Greek Helsinki Monitor, en matière d’éducation, les enfants roms demeuraient victimes de ségrégation voire d’exclusion dans différentes régions du pays. La Cour européenne des droits de l’homme a transmis aux autorités grecques deux requêtes relatives à la ségrégation persistante des enfants roms sur le plan éducatif dans des écoles d’Aspropyrgos et de Sofades, respectivement en mars et en octobre. En 2008, la Cour avait déjà conclu que la Grèce était responsable de l’exclusion puis de la ségrégation d’enfants roms dans l’école d’Aspropyrgos. En septembre, le Comité des ministres du Conseil de l’Europe a décidé de clore l’examen de cette affaire.
Top of pageLes objecteurs de conscience ont cette année encore fait l’objet de nombreuses poursuites.
En février, la durée du service civil de remplacement a été fixée à 15 mois par décision ministérielle. Toutefois, cette durée avait toujours un caractère effectivement punitif pour la grande majorité des appelés.
On s’inquiétait des poursuites pénales engagées en janvier contre des défenseurs des droits humains inculpés d’accusations mensongères et de diffamation aggravée à l’égard de Konstantinos Plevris, auteur d’un livre dont le titre peut être traduit par Juifs : l’entière vérité. Leur procès a été reporté à l’année 2012.
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