La résidence du président Condé a été la cible d’attaques en juillet. La police et la gendarmerie ont fait un usage excessif de la force ; au moins trois personnes ont trouvé la mort lors d’opérations de maintien de l’ordre. Le climat d’impunité a continué de favoriser les arrestations arbitraires, la pratique de la torture et d’autres violations des droits humains commises par les forces de sécurité. La liberté d’expression était toujours menacée. Seize personnes ont été condamnées à mort. La Commission nationale des droits de l’homme a été créée.
Durant la période précédant les élections parlementaires prévues initialement pour la fin de l’année, le spectre de l’instabilité a surgi lorsque la résidence du président Alpha Condé, dans la capitale, Conakry, a été visée à deux reprises par des tirs d’armes à feu, notamment de roquette. Des militaires mais aussi des civils ont été arrêtés et accusés d’avoir fomenté les attaques. Interviewé par une station de radio sénégalaise, le président Condé a également mis en cause le Sénégal, la Gambie et des dirigeants de l’opposition. Les deux pays cités ont démenti toute implication et les opposants politiques ont critiqué les propos présidentiels. Le fait que la Commission électorale nationale indépendante ait proposé des dates pour les élections sans consulter l’opposition a conduit certains observateurs à mettre en doute son indépendance et son impartialité. À la fin de l’année, les dates n’avaient pas encore été confirmées.
En février, la haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme a publié un rapport sur la situation en Guinée, où elle se déclarait préoccupée, entre autres, par les atteintes aux droits humains qui, depuis des dizaines d’années, étaient commises en toute impunité par des membres de l’armée et des forces de sécurité ; elle a également déploré la violence sexuelle et sexiste, parfois liée à des pratiques traditionnelles. Le rapport recommandait aussi à la Guinée de donner suite aux recommandations issues de l’Examen périodique universel de 2010, notamment en instaurant « une coopération étroite avec les organes conventionnels et les procédures spéciales du Conseil des droits de l’homme » et en les invitant à se rendre régulièrement en Guinée. Dans une résolution ultérieure adoptée lors de sa 16e session (A/HRC/RES/16/36), le Conseil a approuvé les conclusions de la haut-commissaire aux droits de l’homme. Il a rappelé la nécessité pour la Guinée de continuer à mettre en œuvre les recommandations de la commission d’enquête de l’ONU, y compris en prenant des mesures pour lutter contre l’impunité.
En mars, le président Condé a signé un décret portant création de la Commission nationale des droits de l’homme. En juillet, le Conseil national de transition a adopté une loi relative à l’organisation et au fonctionnement de l’Institution nationale indépendante des droits humains.
Top of pageLa police et d’autres responsables de l’application des lois ont, cette année encore, recouru abusivement à la force meurtrière. En septembre, des manifestants qui s’étaient rassemblés pour protester sans autorisation contre l’organisation d’élections ont été matraqués et ont essuyé des tirs à balles réelles et des jets de grenades lacrymogènes. Trois personnes au moins ont trouvé la mort dans ces circonstances, parmi lesquelles Amadou Boye Barry. Interpellé par Amnesty International, le ministre de la Communication a annoncé officiellement que deux personnes étaient décédées et qu’une instruction était en cours.
Top of pageDes arrestations et des placements en détention arbitraires ont été signalés ; les personnes incarcérées pourraient être considérées comme des prisonniers d’opinion. La plupart des interpellations ont donné lieu à un déploiement de force excessif.
En avril, les forces de sécurité ont eu recours à une force excessive pour disperser les sympathisants de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) qui s’étaient retrouvés à l’aéroport de Conakry afin de saluer Cellou Dalein Diallo, le dirigeant de leur mouvement. Au moins 25 personnes ont été blessées. D’autres ont été arrêtées, dont Alpha Abdoulaye Sow et Abdoulaye Diallo, deux militaires chargés d’assurer la sécurité du chef de l’opposition. Condamnés à des peines d’emprisonnement pour « participation à une manifestation interdite, actes de vandalisme et violence », ils ont été graciés en août.
En septembre, plus de 300 personnes qui contestaient les modalités d’organisation des élections ont été interpellées pour participation à une manifestation interdite. Certaines ont été remises en liberté par la suite. Plus de 50 ont été condamnées à des peines de prison ferme d’une durée d’un mois à un an, et 95 autres à des peines d’emprisonnement avec sursis.
Top of pageCette année encore, des soldats et des policiers ont maltraité et torturé des détenus et d’autres personnes en toute impunité.
L’impunité et le manque de discipline au sein de l’armée demeuraient un motif de préoccupation.
En septembre, la cour d’appel de Kankan a prononcé 16 condamnations à la peine capitale, dont huit par contumace. Les accusés avaient été reconnus coupables de « meurtres avec préméditation, assassinats avec violences, association de malfaiteurs et destruction de biens à autrui » après des affrontements entre deux ethnies qui avaient fait au moins 25 victimes.
Ces 16 condamnations à mort allaient à l’encontre de ce qu’avait déclaré le président Condé en juillet, lors d’une rencontre avec des diplomates étrangers. Il avait dit à cette occasion que la peine de mort n’existait pas en Guinée et qu’il n’accepterait jamais que des gens soient condamnés à mort, même ceux qui attentaient à la vie du président car cela ne le ressusciterait pas.
Top of page