Hongrie - Rapport 2010 d'Amnesty International

La situation des droits humains : RÉPUBLIQUE DE HONGRIE

Amnesty International  Rapport 2013


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Hongrie est maintenant en ligne

Chef de l’État
László Sólyom
Chef du gouvernement
Ferenc Gyurcsány, remplacé par Gordon Bajnai le 14 avril
Peine de mort
abolie
Population
10 millions
Espérance de vie
73,3 ans
Mortalité des moins de cinq ans (M/F)
9 / 8 ‰
Taux d’alphabétisation des adultes
98,9 %

L’organisation d’extrême-droite Garde hongroise a mené une série de manifestations dans des villes de l’est du pays avec une importante population rom. Cette année encore des Roms ont été victimes de violentes agressions.

Contexte

L’année a été marquée par une crise économique et politique qui a entraîné la démission du Premier ministre Ferenc Gyurcsány, dont le gouvernement a été remplacé par celui, provisoire, de Gordon Bajnai. Le parti d’extrême-droite Jobbik (Mouvement pour une Hongrie meilleure), qui se caractérise par sa vive hostilité aux Roms et un programme de plus en plus antisémite, a obtenu trois sièges au Parlement européen à l’issue des élections de juin.

En mai, la Hongrie a été élue membre du Conseil des droits de l’homme [ONU] ; son mandat a pris effet en juin. Le prêt d’urgence d’un montant de 20 milliards d’euros accordé par des institutions financières internationales et l’Union européenne était soumis au respect de certaines conditions par le gouvernement hongrois : baisse des rémunérations dans le secteur public, des pensions de retraite, des prestations sociales et d’autres dépenses de l’État.

En juillet, la cour d’appel de Budapest a rendu une décision de justice exécutoire interdisant le mouvement Garde hongroise, proche du parti politique Jobbik. Elle a jugé que ses activités outrepassaient ses droits en tant qu’association et restreignaient les libertés des Roms. Plus tard au cours du même mois, Jobbik a annoncé la reformation de la Garde hongroise, et l’un de ses députés au Parlement européen nouvellement élus s’est présenté vêtu d’un uniforme de ce mouvement lors de la première session parlementaire à Bruxelles. En décembre, la Cour suprême a confirmé la décision de la cour d’appel de Budapest interdisant la Garde hongroise.

Lutte contre le terrorisme et sécurité

En septembre, le Premier ministre a annoncé que la Hongrie acceptait d’accueillir sur son territoire un détenu de la base navale américaine de Guantánamo Bay, et que cette personne participerait à un programme d’intégration d’une durée de 18 mois. Un ancien prisonnier palestinien de Guantánamo a été transféré en Hongrie le 1er décembre.

Racisme

En février, la Commission européenne contre le racisme et l’intolérance (ECRI) s’est déclarée préoccupée par la forte recrudescence du racisme dans le discours public. Elle a souligné, comme elle l’avait déjà fait dans de précédents rapports, que les Roms demeuraient victimes en Hongrie de pratiques discriminatoires en matière d’accès à l’emploi, à l’éducation et au logement. En octobre, le commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe a exprimé son inquiétude face à la montée de l’extrémisme, et il a demandé à tous les dirigeants de partis politiques de veiller à ce qu’aucun discours xénophobe ou anti-Roms ne vienne entacher la campagne pour les élections législatives de 2010.

Des Roms ont cette année encore été victimes de violentes agressions. Le Bureau national d’enquêtes, l’organe de la police hongroise chargé des investigations sur les crimes graves, a renforcé, en la dotant de 120 agents, l’équipe spéciale chargée d’enquêter sur une série d’agressions perpétrées contre des Roms.

  • Róbert Csorba et son fils âgé de cinq ans ont été tués en février dans le village de Tatárszentgyörgy. La police locale a annoncé, après un premier examen, qu’ils avaient été retrouvés morts après l’incendie de leur maison, dû à une défaillance électrique. Elle a cependant reconnu, plus tard dans la journée, que des preuves de blessures par balle avaient été recueillies sur les corps des victimes, mais n’a ouvert une enquête pour homicide que 10 heures plus tard. En août, le ministre de la Justice a déclaré qu’une procédure disciplinaire avait été engagée contre des agents de la police locale. Après s’être penchée sur l’enquête policière menée sur les homicides de Tatárszentgyörgy, la Commission indépendante chargée d’examiner les plaintes contre la police a conclu, en novembre, que les policiers locaux avaient gravement porté atteinte au droit fondamental des victimes à une enquête efficace.
  • Jenő Kóka, un Rom de 54 ans, a été tué en avril dans le quartier rom de la ville de Tiszalök. Il aurait été abattu alors qu’il quittait son domicile pour aller travailler en équipe de nuit à l’usine locale de produits chimiques. La police a signalé des similitudes entre cette affaire et de précédentes agressions commises contre des Roms.
  • En août, Mária Balogh, une Rom âgée de 45 ans, a été abattue dans le village de Kisléta. Sa fille de 13 ans a été grièvement blessée dans cette attaque. Plus tard au cours du même mois, la police a arrêté quatre hommes soupçonnés d’être impliqués dans cet homicide ainsi que dans au moins cinq autres attaques meurtrières commises contre des Roms – notamment contre Róbert Csorba et son fils, et contre Jenő Kóka. Les quatre suspects, qui ont tous nié être impliqués dans ces violences, étaient en détention provisoire à la fin de l’année. Le chef de la police nationale a déclaré, en août, que ses services disposaient d’éléments liant les suspects à des actes de violence meurtrière perpétrés comme des Roms entre novembre 2008 et août 2009. Il a précisé que ces violences semblaient avoir été principalement motivées par le racisme. Le Centre européen pour les droits des Roms, une ONG, a recensé neuf assassinats de Roms au cours de la même période.

En septembre, environ 400 femmes roms ont engagé des poursuites contre Oszkár Molnár, député du parti d’opposition Fidesz et maire de la ville d’Edelény. Elles lui reprochaient d’avoir tenu des propos diffamatoires envers les femmes roms. Des ONG, des médias et des personnalités politiques l’ont par ailleurs vivement critiqué après qu’il eut formulé des remarques antisémites lors d’une interview pour la télévision locale en octobre.

Discrimination contre les Roms

Stérilisations forcées

  • En février, après huit années de procédure devant des instances nationales et internationales, le secrétaire d’État aux Affaires sociales et au Travail a annoncé que son ministère accorderait une indemnisation à A. S., qui a été stérilisée sans son consentement le 2 janvier 2001.

Violences contre les femmes et les filles

  • L’affaire fortement médiatisée concernant Zsanett E. n’était pas résolue. En janvier, le procureur de Budapest a ouvert une enquête sur les allégations selon lesquelles Zsanett E. avait à tort accusé de viol cinq agents de police. Or, cette enquête a été suspendue au motif qu’elle n’aurait pas dû être ouverte, la nouvelle procédure pénale engagée en 2008 par Zsanett E. étant toujours en cours.

Droits des lesbiennes, des gays, des personnes bisexuelles et des transgenres

Le 5 septembre, la marche de la fierté homosexuelle s’est déroulée à Budapest sous protection policière suffisante et aucun problème n’a été signalé pendant la manifestation. Une jeune femme aurait toutefois été agressée par deux ou trois manifestants anti-gay après le défilé ; elle a été blessée à la tête et aux bras. Le département de la police de Budapest a ouvert une enquête sur cette agression, après l’avoir classée dans la catégorie des « violences contre un membre d’un groupe social ». De nouvelles dispositions érigeant en infraction les agressions homophobes ou à caractère haineux avaient pourtant été introduites en février dans le Code pénal. À la suite d’appels lancés par l’Union hongroise pour les libertés civiles, la police a indiqué que l’enquête se poursuivrait sur la base des nouvelles dispositions du Code pénal.

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