La liberté d’expression, d’association et de réunion était toujours fortement restreinte et les autorités ne toléraient pratiquement pas la dissidence. Des centaines de prisonniers étaient maintenus en détention arbitraire pour des motifs de sécurité ; certains d’entre eux avaient été innocentés par des tribunaux ou avaient fini de purger leur peine. Des libérations ont toutefois été signalées. Des étrangers soupçonnés d’être entrés illégalement dans le pays, parmi lesquels figuraient des réfugiés et des demandeurs d’asile, ont été incarcérés pour une durée illimitée et maltraités. Au moins 18 exécutions ont été signalées. Le gouvernement n’a pas révélé les conclusions de l’enquête sur le massacre en 1996 de plusieurs centaines de détenus de la prison d’Abou Salim par les forces de sécurité. Aucune mesure n’a été prise pour rendre justice aux victimes des violations graves des droits humains perpétrées entre les années 1970 et 1990.
La Libye a été élue en mai au Conseil des droits de l’homme [ONU] et en novembre au conseil d’un nouvel organe des Nations unies chargé de la promotion des droits des femmes. La situation des droits humains en Libye a été étudiée, également en novembre, dans le cadre de l’examen périodique universel de l’ONU. Le gouvernement a rejeté les recommandations l’invitant à ne pas appliquer la peine de mort aux « infractions » liées à la liberté d’expression et à révéler les noms des victimes du massacre de la prison d’Abou Salim à Tripoli. Une visite du Groupe de travail sur la détention arbitraire [ONU] qui était prévue n’a pas eu lieu et le gouvernement n’a pas autorisé le rapporteur spécial des Nation unies sur la torture à se rendre en Libye.
Les négociations avec l’Union européenne autour d’un accord-cadre se sont poursuivies. À la suite d’une visite de commissaires européens en octobre, l’Union européenne et la Libye sont convenues d’un « programme de coopération » dans le domaine de l’immigration.
Les hommes d’affaires suisses Rachid Hamdani et Max Goeldi ont été remis en liberté, respectivement en février et juin, et autorisés à quitter la Libye. Ils étaient détenus pour des raisons politiques et il leur avait été interdit de quitter le pays à la suite d’un incident diplomatique entre la Libye et la Suisse à propos de l’arrestation à Genève, en 2008, d’un des fils de Mouammar Kadhafi, le chef de l’État.
En décembre, la Fondation Kadhafi pour le développement, qui est dirigée par Saif al Islam Kadhafi, l’un des fils du dirigeant libyen, a annoncé qu’elle ne s’occuperait désormais plus des questions de droits humains.
Haut de la pageDes restrictions très strictes étaient toujours imposées à la liberté d’expression, d’association et de réunion et les détracteurs du gouvernement risquaient d’être arrêtés et poursuivis aux termes de la loi – le Code pénal et la Loi n° 71 de 1972, notamment, qui érigeaient en infraction pénale la dissidence pacifique. Ces textes prévoyaient des peines sévères, et notamment la peine de mort, pour des activités correspondant à l’exercice pacifique de la liberté d’expression et d’association. Des prisonniers ont recouvré la liberté.
Les médias, largement contrôlés par le gouvernement, étaient soumis à des restrictions sévères. Toutefois, des journaux privés liés à Saif al Islam Kadhafi continuaient d’émettre quelques critiques concernant la corruption et l’inefficacité des institutions étatiques.
Le 21 janvier, les quotidiens privés Oea et Cyrene ont annoncé qu’ils ne seraient désormais publiés qu’en version électronique. Oea a affirmé par la suite que la suspension de sa version imprimée était liée à la publication d’« une information qui s’était révélée être vraie ». Le supplément hebdomadaire d’Oea a de nouveau été imprimé à partir de juillet, mais le secrétaire du Comité populaire général (le Premier ministre) a ordonné sa suspension en novembre à la suite de la publication d’un article d’opinion dénonçant l’incompétence et la corruption du gouvernement.
En septembre, les autorités ont annoncé que les associations qui ne respectaient pas la Loi n° 19 de 1369 (selon le calendrier islamique, soit 1949) seraient fermées. Cette loi confère au gouvernement de vastes pouvoirs concernant la création, les activités et la dissolution des associations.
L’Agence de presse libyenne a annoncé, en décembre, qu’elle fermait ses bureaux en raison du harcèlement des services de sécurité.
Haut de la pageEn janvier, le secrétaire du Comité populaire général de la justice a déclaré au Congrès général du peuple que plus de 300 personnes étaient maintenues en détention sans aucune base légale. Le chef de l’État a répondu qu’il s’agissait de « terroristes » et qu’ils ne devaient pas être libérés. Pourtant, deux mois plus tard, plus de 200 prisonniers ont été élargis dans le cadre de la « réconciliation » entre l’État et les personnes soupçonnées d’infractions liées à la sécurité. Parmi eux figuraient apparemment 80 détenus qui avaient été innocentés par les tribunaux ou qui avaient purgé la totalité de leur peine. Trente-sept autres prisonniers, dont des membres du Groupe islamique combattant libyen et Abu Sufian Ibrahim Ahmed Hamuda, un ancien détenu de Guantánamo renvoyé en Libye en 2007 par les autorités américaines, ont été libérés le 31 août. Le gouvernement a annoncé le versement d’une indemnisation aux personnes détenues sans base légale, sans proposer aucune autre forme de réparation.
Plus de 200 personnes étaient maintenues en détention arbitraire ; parmi elles figuraient des membres présumés de groupes armés islamistes ainsi que d’autres personnes soupçonnées de « crimes contre l’État ». Certains de ces prisonniers avaient été innocentés par les tribunaux ou étaient maintenus en détention après l’expiration de leur peine ; d’autres purgeaient des peines prononcées à l’issue de procès inéquitables.
Le gouvernement n’a fourni aucune information sur l’enquête officielle qui aurait été effectuée sur le massacre commis en juin 1996 dans la prison d’Abou Salim, au cours duquel les forces de sécurité auraient tué quelque 1 200 détenus. Cette année encore, les autorités ont fait pression sur les familles des victimes à Benghazi pour qu’elles acceptent une indemnisation et renoncent à leur droit de connaître la vérité et d’exercer une voie de recours judiciaire. En octobre, le Comité d’organisation des familles des victimes d’Abou Salim à Benghazi a suspendu ses manifestations hebdomadaires, des responsables des services de sécurité s’étant engagés à régler leurs problèmes de santé et de logement, entre autres difficultés socioéconomiques.
Les autorités n’ont pris aucune mesure pour enquêter sur les atteintes graves aux droits humains commises par le passé ni pour traduire en justice les responsables de ces agissements.
La Loi n° 19 de 2010 relative à la lutte contre l’immigration clandestine a été adoptée en juin. Ce texte prévoit que tout individu considéré comme un migrant en situation irrégulière peut être placé en détention pour une durée indéterminée, puis expulsé sans la possibilité d’interjeter appel.
Le 8 juin, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a révélé que le gouvernement libyen lui avait ordonné de mettre fin à ses opérations. Il a pu ensuite reprendre en partie ses activités, mais n’était plus autorisé à instruire de nouveaux dossiers de réfugiés ni à visiter les centres de détention.
Des milliers d’étrangers soupçonnés d’être des migrants clandestins, dont certains étaient des réfugiés et des demandeurs d’asile, ont été incarcérés dans des centres de détention surpeuplés jusqu’au mois de juillet, date à laquelle plus de 4 000 d’entre eux ont été libérés et ont obtenu un permis de séjour de trois mois.
Pendant leur détention, les étrangers soupçonnés d’être des migrants clandestins étaient régulièrement insultés et battus, entre autres mauvais traitements constituant dans certains cas des actes de torture. Au début de juillet, le dirigeant libyen a réclamé l’ouverture d’une enquête à la suite d’informations selon lesquelles quelque 200 Érythréens avaient été battus le 30 juin par des gardiens au centre de détention de Misratah, ainsi que pendant leur transfert forcé au centre d’Al Birak. Les conclusions de l’enquête n’avaient pas été rendues publiques à la fin de l’année.
Haut de la pageLes femmes continuaient d’être victimes de discrimination dans la législation, tout particulièrement en matière de mariage, de divorce et d’héritage. Par ailleurs, la polygamie était toujours autorisée.
Une nouvelle loi sur la nationalité a été adoptée en janvier. Elle permet à une femme libyenne mariée à un étranger de transmettre sa nationalité à ses enfants dans les mêmes conditions qu’un Libyen marié à une étrangère.
Haut de la pageLes membres de la communauté tabu du sud-est de la Libye étaient victimes de discrimination. Les autorités refusaient de leur délivrer des passeports, des actes de naissance et d’autres documents d’identité ou de les renouveler. Les écoles de Kufra refusaient d’inscrire certains enfants tabus.
Des expulsions forcées de membres de la communauté tabu se sont poursuivies à Kufra jusqu’au début d’avril ; des familles ont affirmé aux représentants d’Amnesty International que les personnes expulsées n’avaient pas été consultées et qu’aucun logement de remplacement ne leur avait été fourni.
Haut de la pageDix-huit prisonniers, peut-être davantage, auraient été exécutés ; beaucoup d’entre eux étaient des étrangers. En mai, un journal proche de Saif al Islam Kadhafi a indiqué que plus de 200 prisonniers étaient sous le coup d’une condamnation à mort.
En décembre, la Libye a été l’un des quelques pays qui ont voté contre une résolution de l’Assemblée générale des Nations unies en faveur d’un moratoire mondial sur les exécutions.
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