Plus de 100 personnes soupçonnées d’infractions liées à la sécurité ont été arrêtées au cours de l’année. Le statut au regard de la loi et les conditions de détention des milliers de personnes arrêtées les années précédentes pour des motifs de sécurité étaient toujours entourés du secret ; certains de ces détenus étaient des prisonniers d’opinion. Deux personnes au moins sont mortes en détention, peut-être des suites de torture, et de nouvelles informations sont parvenues à propos des méthodes de maltraitance et de torture utilisées sur les personnes détenues pour des motifs de sécurité. Des châtiments cruels, inhumains et dégradants, en particulier la flagellation, continuaient d’être prononcés et appliqués. Les femmes et les filles étaient toujours victimes de discrimination et de violences ; certains cas ont été largement commentés par les médias. Des chrétiens et des musulmans ont été arrêtés pour avoir pratiqué leur foi. Les forces armées saoudiennes impliquées dans un conflit dans le nord du Yémen ont mené des attaques, apparemment de manière aveugle ou disproportionnée, qui auraient tué et blessé des civils en violation du droit international humanitaire. Les travailleurs immigrés étaient exploités et maltraités par leurs employeurs. Les autorités violaient les droits des réfugiés et des demandeurs d’asile. Vingt-sept prisonniers ont été exécutés, peut-être davantage ; ce chiffre était nettement inférieur à celui des deux années précédentes.
En février, le ministre de la Justice a déclaré que l’Arabie saoudite avait l’intention de mettre en place un système de justice intégrant le meilleur des systèmes judiciaires d’autres pays – avec notamment un cadre juridique efficace pour lutter contre le terrorisme – et de permettre à des avocates de représenter des personnes devant les tribunaux chargés des affaires familiales. Toutefois, la justice restait largement entourée du secret à la fin de l’année. Une fatwa (avis religieux) – n° 239 du 12 avril 2010 – qui érigeait en infraction pénale le « financement du terrorisme » a été promulguée par le Conseil des grands oulémas (docteurs de la foi). Elle accordait aux juges le pouvoir discrétionnaire de prononcer n’importe quelle peine, y compris la peine de mort.
En mai, le roi a ordonné la formation d’un comité chargé de rationaliser les procédures basées sur la charia (droit musulman) et de limiter les châtiments corporels. Cette initiative devait limiter le nombre de coups de fouet à 100 et mettre fin au pouvoir discrétionnaire des juges qui, dans certains cas, avaient prononcé des peines de flagellation de plusieurs dizaines de milliers de coups de fouet. La réforme n’avait pas été mise en place à la fin de l’année.
Haut de la pagePlus de 100 personnes soupçonnées d’infractions liées à la sécurité ont été arrêtées. Le statut au regard de la loi de milliers d’autres, emprisonnées les années précédentes, restait vague et entouré du secret.
Au moins 12 suspects arrêtés les années précédentes ont été remis en liberté en juillet, apparemment parce que les autorités ont estimé qu’ayant suivi un « programme de rééducation », ils ne représentaient plus une menace. Dix autres, qui seraient tous d’anciens prisonniers de Guantánamo renvoyés en Arabie saoudite par les États-Unis, ont été condamnés en mars à des peines comprises entre trois et 13 ans d’emprisonnement avec sursis et cinq ans d’interdiction de se rendre à l’étranger. Aucun détail n’a été fourni sur le déroulement de leur procès ni sur les chefs d’accusation. Une quinzaine d’autres Saoudiens étaient toujours détenus par les États-Unis à Guantánamo Bay à la fin de l’année.
En juin, sans fournir de détails, le vice-ministre de l’Intérieur a déclaré au quotidien Okaz qu’un grand nombre de détenus étaient en instance de jugement et que chacun d’entre eux « aurait ce qu’il méritait ». En septembre, des informations parues dans la presse ont donné à penser que des tribunaux composés de trois juges étaient mis en place pour juger les accusés passibles de la peine capitale tandis que des tribunaux à juge unique seraient chargés de juger les autres accusés. Ces juridictions étaient semble-t-il sur le point d’entrer en fonction à Djedda et elles devaient ensuite se déplacer à Riyadh. Le premier procès s’est ouvert en octobre dans une prison de Djedda. Il concernait 16 accusés, dont sept hommes qui militaient en faveur d’une réforme politique pacifique et qui étaient détenus depuis février 2007. Le procès s’est déroulé à huis clos et les autorités n’ont pas révélé les chefs d’accusation ; les accusés n’ont pas été autorisés à consulter un avocat.
De très nombreux musulmans et chrétiens ont été arrêtés du fait de leurs croyances ou pour avoir pratiqué leur foi. Des chiites ont été pris pour cibles pour avoir organisé des réunions de prière collective ou célébré des fêtes chiites, ou parce qu’on les soupçonnait d’avoir enfreint les restrictions pesant sur la construction de mosquées chiites et d’écoles religieuses.
Les autorités observaient le plus grand secret sur les prisonniers, leurs conditions de détention et leur traitement mais des informations ont fait état d’au moins deux cas de mort en détention, peut-être occasionnées par la torture ou d’autres mauvais traitements.
Un homme qui avait été détenu pour des motifs de sécurité en 2007 et en 2008 dans la prison d’Ulaysha, à Riyadh, a déclaré à Amnesty International qu’il avait été menotté et enchaîné durant 27 jours après son arrestation ; ce n’est qu’après cette période qu’on lui a ôté ses menottes et qu’il a pu prendre une douche pour la première fois. Il a ajouté qu’on l’avait interrogé la nuit pendant plus d’un mois et que ce traitement était celui régulièrement infligé aux personnes détenues pour des motifs de sécurité.
Haut de la pageDes châtiments corporels, en particulier la flagellation, étaient régulièrement infligés par les tribunaux et appliqués à titre de peine principale ou complémentaire.
Les femmes continuaient de subir des discriminations, dans la législation et dans la pratique, et d’être victimes de violences domestiques et autres. La loi n’accorde pas aux femmes un statut égal à celui des hommes et les règles de la tutelle masculine sur les femmes les placent dans une position subordonnée dans le domaine du mariage, du divorce, de la garde des enfants et de la liberté de mouvement. De ce fait, les femmes sont vulnérables aux violences au sein de la famille, qui peuvent être infligées par des hommes en toute impunité.
En novembre, l’Arabie saoudite a été élue au conseil d’un nouvel organe des Nations unies chargé de la promotion des droits des femmes.
Haut de la pageLe système du garant, qui régit l’emploi des étrangers, continuait d’exposer ces derniers à l’exploitation et aux mauvais traitements de la part de leurs employeurs, tant dans le secteur public que privé. Il ne leur laissait pratiquement aucune possibilité d’obtenir réparation. Parmi les mauvais traitements les plus répandus figuraient les horaires excessifs de travail, le non-paiement des salaires, le refus d’autoriser le travailleur à rentrer dans son pays à la fin de son contrat et les violences, en particulier envers les employées de maison.
En novembre 2009, les forces armées saoudiennes sont intervenues dans le conflit entre les troupes gouvernementales yéménites et les rebelles huthis dans la région de Saada, au Yémen (voir Yémen). Les forces saoudiennes ont affronté des Huthis armés et ont bombardé des villes et des villages de la région de Saada. Certaines attaques semblaient être menées de manière aveugle ou disproportionnée et auraient fait des morts et des blessés dans la population civile, en violation du droit international humanitaire. Les affrontements ont cessé lors de la conclusion, en février, d’un accord de cessez-le-feu entre le gouvernement yéménite et les rebelles huthis.
Haut de la pageEn juin et en juillet, les autorités ont renvoyé de force dans leur pays quelque 2 000 Somaliens, des femmes pour la plupart, malgré la persistance du conflit armé et en dépit des appels du HCR.
Le nombre d’exécutions signalées a diminué pour la deuxième année consécutive. Au moins 27 prisonniers ont été exécutés, soit un chiffre bien inférieur aux 69 exécutions recensées en 2009 et aux 102 signalées en 2008. Six étrangers figuraient au nombre des suppliciés.
Au moins 140 prisonniers étaient sous le coup d’une sentence capitale ; certains avaient été condamnés pour des infractions n’impliquant aucune violence, comme l’apostasie et la sorcellerie.
En décembre, l’Arabie saoudite a été l’un des quelques pays qui ont voté contre une résolution de l’Assemblée générale des Nations unies en faveur d’un moratoire mondial sur les exécutions.
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