Le conflit armé interne qui touchait le sud de la Thaïlande s’est intensifié. Les insurgés s’en prenaient de plus en plus souvent aux civils, et lançaient des attaques aveugles n’épargnant pas la population civile. Toujours dans le sud, les forces de sécurité se sont de nouveau livrées à des actes de torture et à d’autres mauvais traitements sur des détenus. Pour la huitième année consécutive, aucun représentant des pouvoirs publics n’a été condamné pour les violations des droits humains perpétrées dans le sud du pays ; aucun n’a non plus été poursuivi pour la mort des personnes tuées lors des manifestations hostiles au gouvernement organisées en 2010. Les autorités ont continué de persécuter les personnes qui exprimaient pourtant sans violence leurs opinions, en recourant notamment aux dispositions sur les crimes de lèse-majesté et à la Loi relative aux infractions dans le domaine de l’informatique. Elles ont par ailleurs renforcé les restrictions auxquelles étaient soumis les demandeurs d’asile et les réfugiés originaires du Myanmar, en particulier au moment des grandes inondations, tout en exploitant la main-d’œuvre immigrée des pays voisins.
Les élections législatives de juillet se sont soldées par la victoire du Puea Thai (Parti pour les Thaïlandais), la formation de Yingluck Shinawatra, la propre sœur de l’ex-Premier ministre Thaksin Shinawatra, qui avait été chassé du pouvoir. Le Puea Thai a remporté la majorité absolue au Parlement et sa dirigeante est devenue chef du gouvernement. Le parti n’a toutefois obtenu aucun siège dans les trois provinces méridionales du pays, qui étaient en proie à une insurrection marquée par de nombreuses violences ayant entraîné 5 000 morts en huit ans. La crise politique née six ans plus tôt durait toujours. Des violences ont été commises dans le contexte des élections et des tensions sont apparues quelques mois plus tard entre le nouveau gouvernement et l’armée. Mise en place au lendemain des manifestations d’avril et mai 2010, la Commission pour la vérité et la réconciliation a publié ses deux premiers rapports, assortis d’un ensemble de recommandations.
La rapporteuse spéciale des Nations unies sur la traite des êtres humains s’est rendue en Thaïlande au mois d’août. Au mois d’octobre, le Conseil des droits de l’homme [ONU] a examiné la situation en matière de droits humains en Thaïlande dans le cadre du mécanisme de l’Examen périodique universel.
Top of pageComme les années précédentes, les personnes tuées dans le cadre du conflit armé interne affectant le sud de la Thaïlande étaient en majorité des civils ; plus de la moitié d’entre eux étaient de religion musulmane. Les insurgés ont fait de plus en plus souvent usage de bombes et d’engins explosifs improvisés, soit directement contre des civils, soit lors d’attentats aveugles. Ces actes étaient en partie destinés à semer la terreur parmi la population civile.
Les forces de sécurité thaïlandaises engagées dans des opérations anti-insurrectionnelles se sont elles aussi rendues coupables, cette année encore, d’atteintes aux droits humains.
Pour la huitième année consécutive, aucun représentant des pouvoirs publics ni aucun membre des forces de sécurité thaïlandaises en poste ou détaché dans les trois provinces les plus méridionales du pays n’a été condamné pour des actes criminels ayant entraîné des violations des droits humains. Cette impunité s’expliquait en partie par les dispositions de l’article 17 du décret relatif à l’état d’urgence, en vigueur dans toute la région (à l’exception d’un district) depuis juillet 2005. Ce texte conférait en effet l’immunité judiciaire aux représentants du gouvernement commettant des violations des droits humains dans l’exercice de leurs fonctions. Personne n’a ainsi été poursuivi pour la mort, aux mains des autorités, de 85 musulmans du district de Tak Bai, dans la province de Narathiwat, en octobre 2004, ni dans l’affaire du décès sous la torture, pendant sa détention, de l’imam Yapha Kaseng, en mars 2008 dans cette même province.
Le Service des enquêtes spéciales a conclu à la responsabilité des forces de sécurité dans la mort d’au moins 16 personnes tuées lors des manifestations antigouvernementales d’avril et mai 2010. Les dossiers des suspects ont été transmis à l’attention du parquet, qui devait examiner la possibilité de les citer devant un tribunal pour une enquête. À la fin de l’année, personne n’avait été inculpé d’une responsabilité quelconque dans ces décès – pas plus, d’ailleurs, que dans les 76 autres intervenus dans le même contexte.
Top of pageLa liberté d’expression a cette année encore été réprimée, essentiellement par le recours aux dispositions sur le crime de lèse-majesté (article 112 du Code pénal) et à la Loi relative aux infractions dans le domaine de l’informatique, ainsi que par diverses manœuvres d’intimidation des médias. La plupart des personnes arrêtées, inculpées ou condamnées au titre de ces lois étaient des prisonniers d’opinion. Le 1er décembre, les autorités ont inauguré le Centre opérationnel de cybersécurité, chargé de la lutte contre la cybercriminalité – notamment les atteintes contre la monarchie perpétrées sur des sites web de médias sociaux.
Après les déclarations faites en début d’année par le secrétaire général du Conseil national de sécurité et par le gouverneur de la province de Tak, indiquant que les réfugiés originaires du Myanmar allaient être rapatriés, le gouvernement thaïlandais s’est engagé, lors de l’examen de la Thaïlande dans le cadre de l’Examen périodique universel [ONU], à respecter l’obligation internationale qui était la sienne de ne pas renvoyer de personnes vers des pays où elles risqueraient d’être persécutées.
Le nombre de réfugiés présents sur le territoire thaïlandais a augmenté et les programmes de réinstallation dans les pays tiers se sont poursuivis. À la fin de l’année, près de 150 000 réfugiés vivaient dans neuf camps situés le long de la frontière avec le Myanmar. Pourtant, le gouvernement s’est abstenu, pour la cinquième année consécutive, de soumettre les demandeurs d’asile à la procédure officielle d’examen. En conséquence, près de la moitié des résidents des camps n’avaient pas été enregistrés. Les autorités cherchaient à dissuader les organisations d’aide de fournir une assistance alimentaire et, plus généralement, humanitaire aux réfugiés des camps. Des demandeurs d’asile ont cette année encore été arrêtés, placés en détention illimitée, expulsés ou renvoyés vers des pays où ils risquaient d’être victimes de persécutions.
Lors des grandes inondations qui ont frappé la Thaïlande au début du mois d’août, les services de l’immigration et la police ont arrêté et expulsé de nombreux immigrés dont les papiers avaient été perdus dans la catastrophe ou confisqués par leurs employeurs, n’hésitant pas, dans certains cas, à leur extorquer de l’argent. Nombre de travailleurs immigrés qui se présentaient aux frontières pour rentrer chez eux sans passeport ont été interceptés lors de contrôles par les services de l’immigration. Certains, notamment parmi les travailleurs originaires du Myanmar, ont été placés en détention. Ces personnes ont généralement été expulsées ensuite, parfois de nuit. Certaines ont en plus été victimes d’extorsions de fonds, soit de la part des autorités thaïlandaises elles-mêmes, soit avec l’accord tacite de ces dernières.
À la connaissance d’Amnesty International, aucune exécution n’a eu lieu cette année. Toutefois, les tribunaux thaïlandais ont prononcé 40 condamnations à mort en 2011, un chiffre en légère baisse par rapport à la tendance de ces dernières années, qui ont vu en moyenne une condamnation par semaine. Les condamnés à mort restaient entravés par des fers aux pieds en permanence, bien que cette pratique eût été jugée illégale par un tribunal en 2009 (décision toutefois contestée et en cours d’appel).