Yémen
Chef de l’État
Ali Abdullah Saleh, provisoirement remplacé par Abd Rabbu Mansour Hadi entre le 4 juin et le 23 septembre
Chef du gouvernement
Ali Mohammed Mujawar, remplacé par Mohammed Salim Basindwa le 27 novembre
Peine de mort
maintenue
Population
24,8 millions
Espérance de vie
65,5 ans
Mortalité des moins de cinq ans
66,4 ‰
Taux d’alphabétisation des adultes
62,4 %

Les forces de sécurité et des sympathisants du président Ali Abdullah Saleh ont tué plus de 200 personnes lors des manifestations de grande ampleur organisées pour réclamer des réformes et le départ du chef de l’État. Plusieurs de ces personnes sont mortes alors qu’elles manifestaient pacifiquement ; des milliers d’autres ont été blessées. Le mouvement de protestation a été renforcé par la colère de la population face à l’augmentation de la pauvreté et du chômage, à la corruption et à la répression brutale exercée par le gouvernement. À de nombreuses reprises, les forces de sécurité et les partisans du gouvernement ont utilisé une force excessive et meurtrière, tirant notamment à balles réelles et avec des lance-roquettes sur des manifestants pacifiques et lors d’affrontements avec des opposants au président qui avaient eux aussi recours à la violence. De très nombreuses personnes ont été arrêtées et détenues de manière arbitraire par les forces de sécurité, qui torturaient et maltraitaient les détenus en toute impunité ; certaines ont été victimes de disparition forcée. Les organes de presse et les professionnels des médias ont été la cible de nombreuses attaques. Les femmes et les filles continuaient de subir une forte discrimination. De nombreuses femmes ont joué un rôle de premier plan dans les manifestations ; certaines ont été arrêtées, battues ou harcelées. De nouvelles condamnations à mort ont été prononcées et 41 personnes au moins ont été exécutées. Les forces gouvernementales et l’armée des États-Unis ont attaqué et tué des membres présumés d’Al Qaïda ; des civils ont également trouvé la mort à la suite de ces attaques.

Contexte

En janvier, le gouvernement a proposé des réformes constitutionnelles qui devaient permettre au président Saleh, au pouvoir depuis 1978, de solliciter le renouvellement de son mandat autant de fois qu’il le souhaiterait. Cette initiative a suscité un déchaînement de protestations, qui se sont exprimées notamment lors d’une manifestation de grande ampleur tenue le 22 janvier à Sanaa, la capitale. Le lendemain, d’autres manifestations ont eu lieu à la suite de l’arrestation de Tawakkol Karman, présidente de l’ONG Femmes journalistes sans chaînes. Celle-ci, rapidement remise en liberté sous caution, a reçu en octobre le prix Nobel de la paix, conjointement avec deux autres femmes. Malgré la violence de la réaction des forces de sécurité, le mouvement de contestation a pris de l’ampleur et s’est étendu à Aden et à d’autres villes ; certains manifestants ont réclamé le départ du président Saleh et la démission du gouvernement.

Le président a alors annoncé, le 2 février, qu’il ne se représenterait pas à l’expiration de son mandat, en 2013. Il a proposé d’entamer des discussions avec la Coalition des partis d’opposition, regroupant six formations. Loin de mettre un terme aux manifestations, ces propositions n’ont fait qu’envenimer la situation. Le lendemain, les forces de sécurité ont commencé à utiliser la force meurtrière pour disperser, à Sanaa et dans d’autres villes, des manifestations organisées par un groupe d’étudiants et de militants qui avaient pris le nom de Jeunesse de la révolution.

Plusieurs personnes ont trouvé la mort à la mi-février au cours de manifestations de grande ampleur organisées dans plusieurs villes. Des sit-in et des camps de protestataires ont rapidement surgi à proximité de l’université de Sanaa et à Taizz, sur des places bientôt appelées « place du Changement ». Le 23 février, neuf députés du parti au pouvoir ont démissionné en signe de protestation contre la violence utilisée par les forces de sécurité pour réprimer les manifestations.

Le 28 février, le président Saleh a, selon la presse, proposé de former un gouvernement d’union nationale comprenant des membres de l’opposition. Celle-ci a exigé sa démission et proposé un plan de transition prévoyant son départ avant la fin de l’année. Le chef de l’État ayant refusé, la crise s’est considérablement aggravée le 18 mars. Ce jour-là, des tireurs embusqués aux ordres du gouvernement ont fait feu en direction du campement de protestataires sur la « place du Changement » à Sanaa, tuant au moins 52 personnes. Plusieurs ministres et autres responsables ont démissionné en signe de protestation et le général commandant la 1re brigade de l’armée a annoncé qu’il ralliait la contestation avec ses troupes. En réaction, le président Saleh a dissous le gouvernement, nommé un gouvernement provisoire et instauré l’état d’urgence pour 30 jours, décision que le Parlement a approuvée le 23 mars. Cette mesure a entraîné la suspension de la Constitution, le durcissement de la censure à l’égard des médias et le renforcement des pouvoirs des forces de sécurité en matière d’arrestation, de détention et d’interdiction des manifestations.

Le Conseil de coopération du Golfe (CCG) a tenté une médiation entre le président Saleh et l’opposition. Le 23 avril, le chef de l’État a annoncé qu’il était prêt à accepter la proposition du CCG de démissionner de ses fonctions dans un délai de 30 jours et de permettre la formation d’un gouvernement d’union nationale. En retour, lui-même et ses collaborateurs obtiendraient l’immunité des poursuites. Il a toutefois refusé à plusieurs reprises de signer l’accord, alors que se multipliaient les heurts entre les forces gouvernementales d’une part et, de l’autre, des membres armés de tribus qui lui étaient opposées et des militants islamistes armés ; ces derniers étaient liés semble-t-il à Al Qaïda dans la péninsule arabique et ont pris le contrôle de certaines parties de la province d’Abyan.

Le 3 juin, une attaque contre le palais présidentiel a fait plusieurs morts et des blessés graves, dont le président Saleh. Il a été évacué en Arabie saoudite pour y être soigné ; le vice-président a assuré le pouvoir. Une alliance d’opposants, le Conseil national des forces révolutionnaires, a vu le jour en août, mais elle s’est rapidement divisée. La situation s’est retrouvée dans une impasse, avec des affrontements armés persistants. Une mission d’établissement des faits envoyée par la haut-commissaire aux droits de l’homme des Nations unies a fait état d’atteintes graves aux droits humains et demandé l’ouverture d’une enquête internationale afin d’amener les responsables de ces agissements à rendre compte de leurs actes.

Le président Saleh est revenu au Yémen le 23 septembre, ce qui a déclenché des manifestations de grande ampleur, tant de la part de ses sympathisants que de ses opposants.

Le 21 octobre, le Conseil de sécurité des Nations unies a condamné la persistance des violences et exhorté le président Saleh à quitter le pouvoir, conformément à l’accord proposé par le CCG. Le chef de l’État s’est exécuté le 23 novembre, confiant le pouvoir au vice-président, avec pour mission de désigner un nouveau Premier ministre à la tête d’un « gouvernement de réconciliation nationale » et d’organiser une élection présidentielle dans les 90 jours. En retour, le président Saleh et ses collaborateurs devaient obtenir l’immunité pour les crimes commis alors qu’ils exerçaient le pouvoir. Dans les 15 jours qui ont suivi, un Premier ministre issu de l’opposition a été nommé et un gouvernement a été formé, dans lequel étaient représentés le parti au pouvoir et les formations d’opposition. Les manifestations se sont poursuivies, dénonçant ce qui apparaissait comme une clause d’immunité.

L’année 2011 a par ailleurs connu des affrontements armés dans le nord et le sud du pays, qui ont contraint des civils à quitter leur foyer. Dans le nord, les rebelles huthis ont pris le contrôle de la province de Saada à la fin mars, puis, selon certaines informations, de certaines parties d’autres provinces plus tard dans l’année. Des affrontements ont opposé les forces gouvernementales et des islamistes armés dans la province méridionale d’Abyan. Des heurts se sont également produits à Sanaa et à Taizz entre les forces de sécurité et des hommes armés issus de tribus, ainsi que des déserteurs qui avaient annoncé qu’ils allaient protéger les manifestants. Beaucoup de personnes ont été tuées, dans certains cas à la suite de tirs d’artillerie lourde des forces gouvernementales.

La situation humanitaire, déjà désastreuse, a atteint un niveau critique. Les Yéménites subissaient une grave pénurie d’eau et d’autres produits de première nécessité, ainsi que l’augmentation rapide du chômage et du coût de la vie et l’interruption de la fourniture d’électricité et de carburant.

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Utilisation excessive de la force

Les forces de sécurité ont fait un usage excessif et disproportionné de la force, y compris meurtrière, lors d’opérations de répression de manifestations pacifiques et durant des affrontements dans certaines parties du pays. Elles ont utilisé des balles réelles, du gaz lacrymogène, des matraques et des pistolets à impulsions électriques ; elles ont aspergé des manifestants d’eau polluée. Des manifestants pacifiques ont régulièrement été pris pour cible par des tireurs embusqués qui ouvraient le feu depuis les toits et par des hommes armés tirant depuis la rue. Les forces de sécurité ont également attaqué des protestataires au moment où ils étaient le plus vulnérables, tard dans la soirée ou pendant la prière. Des hommes armés en civil appelés baltaji (voyous) ont attaqué des manifestants antigouvernementaux à coups de matraque ou ont ouvert le feu dans leur direction, souvent en présence des forces de sécurité et avec leur approbation. À l’instar de ces dernières, ils bénéficiaient d’une quasi-impunité pour leurs agissements. Les autorités ont annoncé l’ouverture d’enquêtes sur certains homicides, mais elles n’étaient pas indépendantes et leurs conclusions étaient peu claires.

  • Le 25 février à Aden, les forces de l’ordre ont ouvert le feu sur des protestataires depuis des véhicules blindés et attaqué des maisons dans lesquelles elles pensaient que des manifestants s’étaient réfugiés. Une douzaine de personnes ont été tuées, dont deux chez elles. Les forces de sécurité auraient empêché les habitants d’emmener les blessés à l’hôpital.
  • Le 4 mars, des soldats stationnés à un poste militaire à Harf Sufyan (gouvernorat d’Amran, dans le nord du pays) ont ouvert le feu sur des manifestants qui quittaient le site d’un rassemblement à bord de voitures ; deux hommes auraient été tués et plusieurs autres blessés.
  • Le 18 mars, dans le centre de Sanaa, des tireurs embusqués qui appartenaient semble-t-il aux forces de sécurité ont tiré en direction du campement de protestataires depuis le toit d’immeubles voisins, après la prière du vendredi. Des agents des forces de l’ordre ont également ouvert le feu depuis la rue. Cette journée a été ensuite désignée sous le nom de « vendredi sanglant ». Cinquante-deux manifestants au moins ont trouvé la mort et des centaines d’autres ont été blessés. Le président a présenté publiquement des excuses tout en niant que la police soit responsable des violences. Selon le Haut-Commissariat aux droits de l’homme [ONU], une enquête officielle sur les événements du 18 mars a débouché sur l’inculpation de 78 personnes, mais on ignorait si des membres des forces de sécurité figuraient parmi elles. Les autorités ont offert une indemnisation à certaines familles de victimes.
  • À Taizz, les forces de sécurité ont ouvert le feu le 29 mai sur un campement de protestation et un hôpital de fortune, tuant une dizaine de personnes, peut-être plus ; elles ont ensuite rasé le camp avec des bulldozers et l’ont incendié.
  • Le 24 juin à Aden, des soldats appuyés par des chars ont abattu Jiyab Ali al Saadi. Selon les informations recueillies, cet homme, le fils de l’un des chefs du Mouvement du sud, les avait suppliés de ne pas tirer sur des personnes qui assistaient aux funérailles d’Ahmed al Darwish, mort en détention en juin 2010 apparemment des suites de torture.
  • Entre le 18 et le 22 septembre, les forces de sécurité ont posté des tireurs embusqués et utilisé des lance-roquettes contre des manifestants qui réclamaient à Sanaa la démission du président Saleh. Plusieurs dizaines de personnes ont été tuées et des centaines d’autres ont été blessées.
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Arrestations arbitraires, détentions et disparitions forcées

Plusieurs centaines de personnes ont été interpellées et placées en détention de manière arbitraire dans le contexte des manifestations, venant accroître le nombre de détenus dont certains avaient été incarcérés bien avant le déclenchement du mouvement de protestation. Une délégation de l’ONU présente en juin et juillet et qui a pu accéder à une prison de Sanaa gérée par la Sécurité politique a constaté que des Yéménites et des étrangers étaient maintenus en détention depuis des mois, voire des années, sans inculpation ni jugement ou sans avoir été présentés à un juge.

  • Arrêtés le 23 novembre dans la rue à Sanaa, Abdul Hakim Ahmed al Hatami, Nabil Mowqahu et Mohammed al Zubayri ont été maintenus au secret pendant neuf jours avant leur transfert dans un poste de police. Abdul Hakim Ahmed al Hatami a été contraint de s’engager par écrit à ne plus participer aux manifestations et a été remis en liberté le 7 décembre ; Nabil Mowqahu et Mohammed al Zubayri ont recouvré la liberté quelques jours plus tard.
  • Hassan Baoom, membre éminent du Mouvement du sud, a été arrêté le 20 février alors qu’il était soigné dans un hôpital d’Aden. Maintenu au secret jusqu’au 7 décembre, cet homme âgé de 71 ans a été remis en liberté sans avoir été inculpé.
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Lutte contre le terrorisme et sécurité

Le gouvernement yéménite et l’armée des États-Unis ont mené des opérations sécuritaires contre des membres présumés d’Al Qaïda, en particulier dans la province d’Abyan ; ils ont notamment procédé à des frappes aériennes, faisant à plusieurs reprises des morts et des blessés parmi la population civile.

  • Des informations ont fait état de deux attaques menées en juin dans la province d’Abyan par des drones et/ou des avions de combat américains, qui ont fait plusieurs morts et blessés, dont des civils.
  • Le 30 septembre, une attaque menée, selon les informations recueillies, par un drone et un avion de combat américains dans la province d’al Jawf a coûté la vie à quatre personnes, parmi lesquelles figurait Anwar al Awlaki. Membre présumé d’Al Qaïda, ce religieux né aux États-Unis était accusé d’avoir été à l’origine d’une tentative d’attentat contre un avion de ligne au-dessus de la ville américaine de Detroit, en décembre 2009.

En mai, des avions de combat yéménites ont attaqué la ville de Zinjibar, dans le sud du pays, passée sous le contrôle d’activistes islamistes qui avaient occupé des banques et un bâtiment public et s’étaient rendus semble-t-il responsables d’atteintes aux droits humains. Le 11 septembre, les autorités ont annoncé que l’armée avait repris le contrôle de la plus grande partie de la ville, après plus de trois mois de combats au cours desquels 230 soldats et 50 membres de tribus locales auraient été tués.

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Liberté d’expression

Le gouvernement a renforcé les restrictions pesant sur la liberté d’expression. Les journalistes et les médias considérés comme des détracteurs du président Saleh ont été pris pour cible. Des journalistes et d’autres professionnels de la presse ont été menacés, emprisonnés, harcelés, attaqués voire tués pendant les troubles. Des lois restrictives et des mesures contraignantes prises par les forces de sécurité ont gravement porté atteinte à la liberté de la presse, entre autres moyens d’expression. Plusieurs journalistes étrangers ont été agressés ou expulsés. Des dizaines de publications auraient été saisies, et des sites Internet piratés ou suspendus. Des journalistes qui travaillaient pour des médias gouvernementaux ont été licenciés après avoir participé à des manifestations antigouvernementales.

  • En février, Abdullah Ghorab et Mohammed Omran, respectivement reporter et caméraman pour la BBC, ont été agressés par des partisans d’un responsable gouvernemental alors qu’ils couvraient les manifestations contre le président Saleh.
  • Un journaliste aurait trouvé la mort lorsque les forces de sécurité ont chargé des manifestants à Sanaa le 18 mars ; d’autres ont été blessés, arrêtés ou menacés ; certains ont vu leur matériel confisqué.
  • Le 24 mars, les autorités ont fermé le bureau local de la chaîne de télévision Al Jazira et ont annulé les permis de travail de ses journalistes, après qu’ils eurent rendu compte de la mort de manifestants lors du « vendredi sanglant ».
  • En mai, les bureaux de Sanaa de l’agence de presse officielle Saba et de Suhail TV, appartenant à un opposant de premier plan, ont été gravement endommagés au cours d’affrontements armés entre des sympathisants du président Saleh et des opposants au régime. Le ministère des Communications aurait également perturbé des services de Sabafone, un réseau de télécommunications appartenant au propriétaire de Suhail TV.
  • Abdul Ilah Haydar Shayi, un journaliste indépendant spécialisé dans la lutte contre le terrorisme qui avait été arrêté en août 2010, a été maintenu en détention bien que le président Saleh ait, selon certaines informations, ordonné sa remise en liberté le 1er février. Cet homme a été détenu au secret après son interpellation et aurait été passé à tabac durant cette période. Il a ensuite comparu devant le Tribunal pénal spécial de Sanaa, qui l’a condamné en janvier 2011 à cinq ans d’emprisonnement. Il était selon toute apparence un prisonnier d’opinion.
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Torture et autres mauvais traitements

De nouvelles informations ont fait état d’actes de torture et de mauvais traitements infligés à des détenus par les forces de sécurité. Les méthodes le plus souvent décrites étaient les coups, les décharges électriques, les brûlures de cigarettes et la suspension par les bras et les jambes, souvent pendant de longues périodes.

  • En février, des détenus de la prison de la Sécurité politique à Sanaa, dont des membres ou sympathisants présumés d’Al Qaïda, auraient été battus par des gardiens et placés à l’isolement après avoir observé une grève de la faim par laquelle ils entendaient protester contre leur maintien en détention prolongée sans inculpation ni jugement et contre les mauvais traitements et l’absence de soins médicaux appropriés. Selon certaines informations, 10 prisonniers au moins ont dû recevoir des soins à l’hôpital à cause des coups qui leur avaient été assenés.
  • Mustafa Abdu Yahya al Nahari aurait été roué de coups, frappé à coups de pied et fouetté par des agents de la Sécurité centrale qui l’ont détenu pendant une semaine dans un endroit tenu secret après son arrestation à son domicile le 14 novembre. Les yeux bandés pendant toute la durée de sa détention, il a été interrogé à propos des manifestations et contraint de signer un document dont il ignorait le contenu. Il a ensuite été abandonné, les yeux toujours bandés, dans la rue.
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Châtiments cruels, inhumains ou dégradants

Pendant la période durant laquelle ils ont contrôlé Zinjibar, les activistes islamistes ont imposé une application stricte de la charia (droit musulman). En septembre, deux hommes accusés de vol auraient subi l’amputation des mains ; l’un d’eux n’aurait pas survécu.

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Droits des femmes

Les femmes et les filles continuaient de subir une forte discrimination dans la législation et dans la pratique, en particulier dans les zones rurales. Les femmes ont toutefois joué un rôle important, et dans certains cas de premier plan, dans le mouvement de protestation. Face à cette réalité, le président Saleh a condamné publiquement, le 15 avril, le fait que les hommes et les femmes manifestent ensemble – une attitude « contraire à l’islam » selon lui. En réaction, des milliers de femmes ont protesté contre ce qu’elles considéraient comme une tentative du président de restreindre leur droit à la liberté d’expression et leur participation aux affaires publiques. Des militantes et des journalistes ont été prises pour cible par les forces de sécurité et des sympathisants du gouvernement ; elles ont été harcelées, arrêtées et, dans certains cas, battues pour avoir participé à des manifestations. Certaines ont été menacées par l’intermédiaire de leur famille, leurs parents de sexe masculin étant invités à les contrôler et à restreindre leurs activités militantes.

  • Le frère de Tawakkol Karman aurait reçu un appel téléphonique après l’arrestation de celle-ci en janvier, l’enjoignant de garder sa sœur à la maison. Sinon, « ceux qui s’opposent au fouet de l’obéissance seront tués », lui a-t-on dit.
  • Le 9 octobre, des partisans du gouvernement ont attaqué des femmes qui défilaient à Taizz pour célébrer l’attribution du prix Nobel de la paix à Tawakkol Karman ; plusieurs dizaines d’entre elles ont été blessées.
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Réfugiés et demandeurs d’asile

Le Yémen accueillait toujours plus de 200 000 réfugiés africains, des Somaliens pour la plupart. Conséquence de la sécheresse, du conflit et de l’insécurité politique, une nouvelle vague d’arrivées a eu lieu à partir du mois d’août. Les réfugiés vivaient dans des conditions extrêmement dures, aggravées par la crise politique, économique et humanitaire croissante à laquelle était confronté le Yémen ; beaucoup ont manifesté devant les bureaux du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

  • En juillet, le HCR a fermé durant plusieurs jours ses bureaux à Sanaa à la suite d’affrontements entre la police et des centaines de réfugiés, Érythréens notamment, qui campaient devant ses locaux pour réclamer une réinstallation dans un pays tiers en raison de la situation explosive à Sanaa.
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Peine de mort

Au moins 29 personnes ont été condamnées à mort et 41 prisonniers, peut-être davantage, ont été exécutés ; le nombre réel était probablement beaucoup plus élevé. Plusieurs centaines de personnes demeuraient sous le coup d’une sentence capitale.

  • Yasser Ismail et quatre de ses parents de sexe masculin, tous âgés de 20 à 30 ans, risquaient d’être exécutés, leurs condamnations à mort prononcées en 2006 pour meurtre ayant été confirmées par la Cour d’appel et la Cour suprême.
  • Ahmed Omar al Abbadi al Markashi, dont la condamnation à mort a été confirmée en juin par la Cour d’appel, risquait d’être exécuté. Cet agent de sécurité employé au domicile de Hisham Bashraheel, rédacteur en chef du journal al Ayyam, avait été condamné pour meurtre en juin 2010. En 2008, des hommes armés avaient ouvert le feu en direction de la maison de Hisham Bashraheel et l’un d’entre eux avait été tué lorsque les agents de sécurité avaient riposté. Ahmed Omar al Abbadi al Markashi avait été jugé lors d’un procès inéquitable.
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  • Le gouvernement n’a pas autorisé Amnesty International à envoyer une délégation au Yémen en 2011.